Le cercle des artistes perdus #2 Julia Boutros

A peine 20 ans dépassés, elle avait acquis en toute légitimité le surnom de « chanteuse de la révolution » (مطربة الثورة). C’est ainsi que fut connue Julia Boutros dans ses premiers pas aux années 1980, grâce à son succès initial « Ghabet Chamss El Hak »(غابت شمس الحقّ). Une chanson au teint nationaliste, qui fixera son orientation majeure. Grandissant dans la région la plus turbulente du globe, elle a depuis toujours refusé de rester indifférente aux évènements et troubles qui ont marqué son enfance et sa jeunesse de citoyenne libanaise et arabe. Ainsi, si en jeune demoiselle charmante, elle ne pouvait prendre part aux armes, c’est grâce à sa voix qu’elle luttera aux côtés de ses confrères. Ce n’est donc pas un hasard si à l’indépendance du sud du Liban en 2000, ce fut elle la chanteuse élue pour célébrer la joie de son peuple dans un énorme concert tenu au cœur la région libérée.

Née en 1968, Julia Boutros s’initia au chant dès son enfance, grâce à la chorale de l’école catholique où elle recevait son éducation. Son talent ne tarda pas à se révéler au fameux Elias Al-Rahbani, qui a été son premier compositeur. Néanmoins, c’est sur la composition de son frère, Ziad Boutros, qu’elle chantera « Ghabet Chamss El Hak », et qu’elle fera le reste de son parcours.

Célèbre pour ses prises de position politiques, elle n’a pas manqué de chanter l’amour comme dans « Bissaraha » (بِصراحة ) et « La b’ahlamak » (لابِأحلامَك), ou d’autres thèmes plus poétiques comme dans « Ya Ossass »( ياقصص). D’une voix douce mais résonnante, produisant un art à la fois respectable et respectueux, Julia a su gagner l’estime d’un très large public, qui la place aujourd’hui au rang des divas du chant arabe.

Julia Boutros au Festival des Musiques Sacrées du Monde, par Amine Bouyarmane

Julia Boutros, c’est également le modèle de l’artiste discrète mais généreuse. Si ses sorties médiatiques ne sont pas nombreuses, elle ne tarde jamais à répondre de sa présence aux moments cruciaux. En 2006, quand le Liban affrontait seul l’armée israélienne, elle se mobilisa dans le projet « Ahibaïi », avec des concerts dans plusieurs pays, dont le Liban même, la Syrie et le Qatar. Joignant ses gains à ceux des ventes des CD, ce sont 3 millions de dollars qu’elle a pu collecter et destiner au soutien des victimes de cette guerre. Une guerre de laquelle – toutes variables comptées- les israéliens sortiront bredouilles et humiliés !

Julia Boutros à Bab El Makina à Fès

Hélas ! Les visites de Julia Boutros au Maroc ne sont pas fréquentes. Sa dernière parution au royaume est pourtant récente. Ce fut lors de la dernière édition du Festival des Musiques Sacrées du Monde à Fès. Un dimanche soir au somptueux Bab El Makina, le public marocain a eu le bonheur de se délecter de la voix de cette dame, qui n’est peut-être plus la jeune fougueuse révolutionnaire des années 80 et 90, mais dont la présence parmi nous reste toujours indispensable à la gloire de l’art arabe, aujourd’hui en quête du chemin pour retrouver ses charmes d’antan.

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