Le cercle des artistes perdus #1 Majida Al Roumi

‘‘Kalimaat ’’. On entend ce mot, et il suffit pour remuer en vous quelque chose de beau, un palpitement de bonheur nostalgique, un engouement  que seuls les chefs d’œuvre peuvent induire. Majda, que son nom semble prédestiner à la gloire, appartient au cercle restreint des immortels, de ceux dont l’art, par son éclat et sa pureté, survivra sûrement aux aléas du temps, de la mode et des tendances. C’est une diva, et non seulement parce qu’elle est d’une génération antérieure, mais c’est qu’elle a chanté et enchanté les cœurs de sa voix puissante, passionnée et pénétrante de charme.

Majida naissait au Liban alors que nous décrochions notre indépendance (rien ne sert de citer la ville, vous ne vous en souviendrez pas), dans un berceau de musique, puisque son père était musicien et compositeur. Quoique sa voix de soprano naturelle, puissante et envoûtante, Halim le patriarche s’opposera à priori à ce que sa fille fasse de la musique sa carrière. Qu’a cela ne vaille. Majida, louanges à Dieu pour nous autres, s’inscrira de son propre chef à la compétition Studio Al fan où elle brillera de mille feux en décrochant la médaille d’or par de sublimes interprétations de chansons de ténors comme Oum kalthoum et Fairouz. Le talent de la fille forgera son chemin vers le cœur intransigeant du père, et c’est ailée de la bénédiction paternelle que Majida survolera désormais les sommets de la chanson arabe et mondiale, enchaînant les gloires, subjuguant par sa voix, captivant par sa passion , sa probité, son humilité .

Majida, c’est surtout la chanteuse engagée, c’est tout un être qui vibre au rythme de ses roucoulements tant elle met de passion dans ses chansons . C’est une diva dont le succès ne se fera nullement à coups d’implants mammaires ou de danses ensorcelantes comme cela se fait communément de nos jours, et l’idée même de l’associer à une telle bassesse est presque blasphématoire. D’ailleurs, elle dédiera  sa toute première chanson, »3am Ba7lamak Ya 7ilm Ya Libnan « , au Liban, où la guerre faisait rage, et son « book »  regorge de chansons patriotiques comme « Bairoot Set EL Donia« , « Saqata El Qenaa« , ou encore « Qana ». Sans pour autant imprégner son chant de politique, sa nation déchirée fera l’objet de plusieurs de ses interventions médiatiques. Cela ne l’empêchera pas d’exceller dans la chanson amoureuse, avec toute la décence possible, faisant chavirer les âmes de sa voix angélique dans des épopées comme « Kon Sadiqi », « Ma3a Aljareeda »,  « Taw9 Al Yasamine », « 3aynaka » , le légendaire « Kalimaat »et plein d’autres…

Aujourd’hui, Majida est ce que l’on appelle un idole dans le monde arabe, la dernière héritière de la gent des divas, une voix qui continue d’enchanter, une icône qui impose le respect, la vénération. Pour nos mélomanes, elle est l’une des rares à pouvoir les remuer, dans leur langue. En signe de reconnaissance pour son oeuvre et son engagement, Majida Roumi recevra  en 2001 le titre d’ ambassadrice d’honneur de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) pour la lutte contre la famine dans le monde arabe.

Je vous laisse avec Kalimaat, sa meilleure empreinte…