Larbi ou la vaine tentative de faire d’une grande gloire un grand film

Larbi ou le destin d’un footballeur. Inspiré de la vie du célèbre footballeur marocain Haj Larbi Ben Barek, le film de Driss Mrini a récemment été projeté en avant-première au théâtre Mohamed V. L’équipe d’Artisthick y a été conviée.
Le film en question était ce tant attendu hommage, celui qui allait peut-être enfin ravir les quelques vétérans du football national présents en cette soirée, ou faire découvrir une gloire ensevelie dans l’oubli aux quelques autres jeunes qui étaient aussi de la partie.

Marqué par une rencontre d’un jour avec ce grand Larbi, dont le tempérament sain et honnête l’avait touché, Driss Mrini avait aussitôt décidé de réaliser un film sur ce destin de footballeur. Et c’est bien par la suite qu’a été conçu ce message contre l’oubli et l’indifférence vis –à vis de ceux qui ont jadis hissé le drapeau national bien haut. Le film relate l’histoire de Larbi Benbarek, décédé en 1992 dans d’amères et effroyables circonstances avec pour seule compagne, une longue solitude dans son appartement de Casablanca. Le film revient aux débuts du jeune garçon rebelle qu’il était; son combat de tous les jours, pour pouvoir librement s’adonner à sa passion qu’est le Football. On y parle aussi de ses premières signatures et de ses premiers déplacements -des arrêts sont faits sur son passage dans les plus grandes équipes: Olympique de Marseille, Athlético de Madrid jusqu’à l’équipe nationale de France-. Puis enfin surtout de ses premières rencontres -celles qui sauront le marquer tout au long de sa vie-, pour déboucher finalement sur l’issue de son sort : L’infinie solitude d’une retraite.

Mais tout ce que l’on pourra retenir de cette « perle noire » comme tendaient à l’appeler les plus grands titres de l’autre côté de la Méditerranée, c’est qu’avant d’être un professionnel du Football, il était un homme qui drainait bien des valeurs humanistes. Tout d’abord sa foi inébranlable en sa religion, son patriotisme inégalable, qui se résumera à cette phrase lancée à son frère Ali « La patrie est dans le cœur, et le ballon est dans les pieds. » Puis aussi son indéfectible fidélité envers ses amis de parcours : De son ami le boxeur Marcel, jusqu’à sa compagne française.

Mise à part la grandeur du projet que s’était fixé Driss Mrini, la réalisation, le scénario et le montage laissent pour le moins à désirer et ce pour les raisons suivantes :

Je ne connaissais pas cette star et je n’en étais pas fan. J’en avais peut-être à maintes fois entendu parler de la part de telle ou telle personne, me relatant quelques bribes des exploits qui, naguère, ravissaient les européens et les marocains. Sans oublier les polémiques qu’alimentaient la vie du footballeur surtout lors de ses derniers moments. Et c’est bien pour cela que j’avais été intéressé dans un premier temps par le film. J’avais vu en lui comme un clair et net assouvissement de mon insatiable curiosité, celle de tout savoir sur toutes les gloires qui faisaient frémir les gens d’antan. La bande annonce est venue aussi amplifier  mes sentiments et mon excitabilité vis-à-vis de ce qu’était la vie de ce sportif hors-pair et de toutes ses petites anecdotes que le réalisateur saura sûrement présenter de manière convenable au spectateur.

Mais non, déception encore. Oui grande déception. Je ne vais pas dresser une critique pour lyncher le film, l’amoindrir ou autre acte de la sorte, non. Driss Mrini l’a d’ores et déjà fait, donnant ainsi à son film non pas l’allure d’une œuvre cinématographique qui pourrait s’étendre sur deux heures ou plus et qui aurait fait beaucoup de bruit dans les rouages du monde du cinéma ET celui du football, mais l’allure futile et passagère d’un vulgaire long-métrage rafistolé, sur lequel aucun travail de réflexion n’a été élaboré. Donnant ce fait l’impression de ne visionner qu’une longue bande-annonce. Peut-être oserais-je dire l’éclosion qui sait, d’un nouveau genre : Le Court métrage de 90min. Sans parler aussi des flashbacks qui se font de plus en plus denses et répétitifs, handicapant la compréhension du cours de l’histoire et ne laissant aucune place à l’installation d’une atmosphère stable qui pourrait ravir le spectateur en l’emportant comme aurait pu le faire un grand film. A déplorer aussi, la formidable histoire d’amour entre Larbi et une fille française, qui fut tout simplement bâclée. Cela aurait pu, sans conteste, apporter une agréable touche de plus d’humanisme. Comme quoi derrière l’Homme de terrain, le joueur hors du commun, il y a bien une âme fragile qu’une jeune femme est en mesure d’ébranler.

Sans toutefois oublier un autre fléau du cinéma marocain qui tend bien des fois à laisser place à la lugubre atmosphère de l’ennui. Je parle bel et bien de ces figures de politesse sans valeur ajoutée qui alourdissent souvent les scénarios de nos quelques longs-métrages. Ajoutez  à ceci les quelques scènes mal placées et ne promulguant aucun rebondissement à l’intrigue de l’histoire.
Le tout finalement pour donner un piètre hommage à cette figure qui méritait une œuvre cinématographique encore plus imposante et à la hauteur non pas du parcours de la star, mais de l’espoir qu’avaient vu en lui les générations passées.

Après avoir vu le film, la seule et unique chose que je pourrais applaudir serait le rôle des personnages. De nouvelles têtes qui prennent place dans notre cinéma et qui ont su aller au bout de leur jeu, en dépit du montage et de la réalisation. Aussi les trois acteurs qui ont su à tour de rôle jouer de manière profonde les personnages de Larbi (Enfant, jeune et adulte). Un spécial coup de cœur pour l’acteur de Larbi adulte, qui était présent lors de l’avant –première. Un grand homme qui fait peut-être une entrée tardive au cinéma marocain mais qui reste toutefois quelqu’un sur qui il est nécessaire de braquer les projecteurs. Un Michael Clarke Duncan du cinéma marocain.

Au final de cette critique, je ne pourrais que souligner l’absurdité du décor : Toutes les scènes ont été filmées au Maroc alors que Larbi a passé la majorité de sa carrière en Europe. Vive le réalisme.

Comme j’ai pu le faire remarquer au tout début, le film n’est intéressant que par le message qu’il tente vainement de transmettre et qui est un très fort réquisitoire de l’oubli et de l’indifférence à l’égard des héros de notre nation.
«Le film, par son thème et sa finalité, s’inscrit dans une démarche de lutter contre les risques de l’indifférence et de l’oubli. Notre pays se doit, en effet, de préserver jalousement son patrimoine, d’honorer la mémoire de ses fils qui ont contribué, par leur effort et leurs sacrifices, à son rayonnement, bien au-delà des frontières nationales » Précise le réalisateur.

En somme le film n’est peut-être pas à voir, étant donné qu’il n’est en rien représentatif de la vie du Grand Larbi mais le geste qui était de redorer la parcelle d’un patrimoine oublié reste pour le moins un acte empli de fierté patrimoine, et c’est bien la seule chose qui pourra vous marquer.
Je n’accorderai malheureusement qu’une petite note au film, amplement justifiée ci dessus : 1,5/5

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Le film sera disponible dans les salles nationales à partir du 24 Août.