La Situation Culturelle du Maroc : II – Illusions de Culture.

  • Arts 
  • samedi 26 janvier 2013 à 15:55 GMT

… Dieu sait, mais il s’enferme dans le mutisme que nous lui connaissons tous. Non qu’il soit avare en conseils, mais ces affaires ne regardent que nous: Il ne sert à rien de l’empêtrer dans nos scènes de ménage.

 

Nous nous arrêtions il y a quelques temps pour écouter cette indulgente protestation Elle paraissait exubérante ; Le ton pessimiste effleurait l’irréalisme, mettait en emphase l’obscur et voilait le clair, le beau, le sublime. Ce miroir écrit, notre miroir, n’acceptait plus de renvoyer le reflet de nos opinions, de nos convictions sur la Culture. Détrompez-vous : Le miroir n’est pas obsolète, c’est le reflet qui l’est : Nous l’avons trop usé. A force, il ne reflète plus rien. Il ne renvoie nulle part, hormis le monde des faux-semblants.

Ce reflet hypocrite, triste, Narcissien, n’est pas enfant du néant. Nous en avons monté les pièces à conviction, jusqu’au dernier vice. Il grandit : L’ombre du mensonge nous cachait mieux, nous pouvions nous adonner aux fables en nous voilant la face. Il commença à gagner en indépendance : Nous appréhendions ses révélations. Nous rejetions la parenté de ce sycophante.

Ce reflet triste, trop las de nous être soumis, afficha son véto et alla loger quelque part dans le subconscient collectif. Pour ceux qui ne le connaissent pas encore, la moindre des politesses serait de vous le présenter : Mr Skizo. Mr Blad Skizo.

Je vous parle de reflets & de fables. Peut-être devrais-je les nommer « résidus » ; Résidus de préjugés, d’opinions, de raccourcis de pensée, de fausses couches de croyance. Ces résidus sont des artifices de la réalité. Pire : Ils nous font croire qu’ils sont la réalité.

Marrakech, Place Jamaa El Fna.

Marrakech, Place Jamaa El Fna.

Je vois une question venir, elle approche bruyamment. Je l’accueille : Pourquoi « Nous » ?

Loin d’en faire un pronom de déresponsabilisation et de soumission au groupe, une palissade fictive tagguée « L’Enfer c’est  les autres », mon « Nous » me désigne avant tout; Je fais mon Mea Culpa, je me défais de ma robe de faux-dévot. Mais je ne suis pas le seul; Je vois d’autres les retirer, également. Ils croient en la cause de la Culture, et leur croyance renforce la mienne, quand elle s’affadit.

Une tâche imposante nous attend donc : Nous devons élaguer la Culture des résidus qui l’entourent. Nous devons déconstruire la négativité qui la connote ; Cette négativité n’incombe qu’à ceux qui s’arrogent le nom de « Porteurs de la Culture ». La culture n’a nul besoin d’être portée, elle est faite pour être incarnée.

Remparts de la ville de Taroudant

Remparts de la ville de Taroudant

Enfin, nous polirons la définition de la Culture, et en extrairons le noyau diaphane …  Mais voyons les choses avec un optimisme plus mesuré : Du moins, nous arriverons à en supprimer les relents négatifs apparents.

Mais d’ici là, attaquons nous aux idées & formes fumeuses qui prétendent en tirer consistance :

1- La Culture est une arriération :

Parler de l’aspect involutif de la Culture est un symptôme de mal-compréhension de cette dernière. Cette objection peut être écartée d’un revers de main : Il y a malentendu. La culture n’est pas une compilation de rites, rituels, protocoles et, à la rigueur, de gravures rupestres : La Culture est notre symbole commun. La concevoir comme étant une galère où chacun doit ramer vers un cap incertain est un masque maladroit. L’énième, mais non l’ultime, pour éviter de s’en imprégner.

Il y a, mes Amis, une nouvelle maladie séculière contre laquelle il faut se mithridatiser : L’Anachronisme.

L’anachronisme, c’est accuser l’histoire d’être trop historique, les principes des premiers d’être trop arriérés, de ne pas aller avec l’esprit du siècle. C’est d’admettre que nous sommes tous mortels, mais exiger des anciens une pensée immortelle, compatible avec nos gouts actuels, ainsi que ceux de la postérité; En somme, leur demander d’être Dieux ou visionnaires. L’Anachroniste, c’est le type qui vous dira sans rire : « Da Vinci, c’est trop arriéré. Sinon, pourquoi n’a-t-il pas peint des voitures au lieu des traditionnels charriots de l’époque ? »

Les formes architecturales, les protocoles muets, les symboles, l’esthétique … Tant d’éléments qui ne sont pas étrangers à la Culture, mais qui ne sont pas, non plus, son tout. La tâche de les recenser incombe plus à l’historien, l’archéologue, qu’à l’être de Culture.

La Culture n’est pas une arriération. Elle est au cœur même de l’évolution: C’est un chantier en perpétuelle construction, qui avance à la même vitesse que ceux qui le construisent.

Village Amazigh - Haut Atlas

Village Amazigh – Haut Atlas

Je respire son odeur narcotique, et une pensée consent de m’effleurer: Ceux qui croient en la stagnation du chantier ne voient, certainement, que les pierres déjà posées. Je les comprends: Le béton architectonique, embelli et décoré à souhait, trompe les moins perspicaces. Il n’en reste pas moins béton, destiné à porter ce qui viendra après. Il n’en reste pas moins élément de base, voué à ne pas dominer la façade, sans toutefois jouer un rôle secondaire dans la création.

Ce béton, mes Amis, c’est l’historique, le révolu. Il est beau car raffiné, présentable, avec ses airs de « Mille & Une Nuit » dont raffolent nos visiteurs. Ce béton, c’est les millénaires d’échanges, de pensées, de guerres, de luttes, qui nous ont forgé. Ils nous ont forgé, mais pas affiné; Le travail d’affinage est une quête que nous entreprenons en société, que nous le désirons ou pas. Tout système Culturel est voué à la continuation, à l’avancement, et enfin, à l’adaptation, pour éviter sa perte. Certains croient l’avoir étouffé en bas age, lors des premiers débâcles Arabo-Amazigh. D’autres jurent avoir vu son cadavre de vieillard fauché, lorsque le premier pied Français foula nos territoires, il y a de cela presque un siècle.

C’est pour ces raisons que le béton architectonique n’est pas voué à dominer la façade: Il représente une facette de notre Culture, liée à des contextes historiques précis.

Et s’il domine, qu’il soit vu et apprécié par les passants: Ceux qui aiment les exhibitions culturelles rapides, le folklore accrochant mais superficiel.

Nous, nous savons d’emblée qu’il est là, qu’on ne peut que le garder. Mais le garder ne nous condamne pas à s’en émerveiller, béats, ou à hypostasier ses vertus: Il faut en estimer la juste valeur.

J’irai plus loin en déclarant qu’il faut l’enjamber, pour arriver à une définition plus véridique de la Culture.

Qu’à cela ne tienne ! Faisons le pas, dépassons ce spectacle triste & mordant, d’une culture dont nous exhibons les archaïques pachas & baroudeurs.

Voilà que d’autres préjugés nous souhaitent le bonsoir …