La galerie Numéro 46 met le street art à l’honneur.

La galerie numéro 46 est un endroit atypique qui vient d’ouvrir à Casablanca, une galerie où les artistes sont à 80% du Street Art. En ce mois de Ramadan, Driss Lahlou, propriétaire de la galerie, a accordé entre deux expositions une interview à Artisthick.

Mehdi Mabrouk :  Une petite fiche anthropométrique de la galerie ?

Driss Lahlou :« Numéro 46 » (David Bloch Gallery Casablanca) a ouvert ses portes le 16 Juin 2011. Elle se trouve à l’intérieur de la résidence YASMINE au 45 boulevard Ghandi, local n°46 à Casablanca. La galerie est ouverte tous les jours sauf le dimanche et le lundi matin de 10h à 13h00 et de 15h30 à 19h00.

M.M : D’où vous est-il venu l’idée, et comment finance t-on une galerie d’art ?

D.L : L’idée germe depuis toujours en fait. Dès mon plus jeune age, je savais que je voulais évoluer dans l’Art. Après avoir fait des études dans l’Art, je me suis lancé concrètement il y a un peu moins d’un an pour mettre en place la galerie et tous les autres préparatifs administratifs.

Le financement d’une galerie se fait exactement comme un autre « commerce », le plus dur étant d’avoir la probation des artistes que l’on expose. Le rôle d’un galeriste étant de diffuser au maximum des œuvres et d’accompagner humainement les artistes qu’ils représentent dans leur évolution artistique. Il doit y avoir une transparence totale et une confiance solide. Ce sont à mon avis, les meilleurs critères pour qu’une galerie soit crédible et bien réputée.

M.M : Pourquoi avoir opté pour le Street Art ? Un choix générationnel ?

D.L : La galerie est basée principalement sur des artistes issus du street Art et je dis bien « issus », car tout simplement 80% d’entre eux sont tous passés par le graffiti et le street Art. Ensuite le street Art appartient à la rue… C’est totalement gratuit et anarchique. Même si on n’a pas envie de le voir, on le voit quand même… C’est pourquoi c’est très important d’être passé par la case « rue ».  Les artistes qui rentrent en galerie après avoir « fait leur preuves » dans la rue, ont tous développé un style propre à eux. Ils ont affiné leur talent et trouvé leur identité artistique en peaufinant leur Art. A ce moment là, ça devient de l’Art à part entière. Et non de l’Art-naque (rires).

C’est l’univers artistique qui me fascine depuis toujours en fait. Je suis moi même graffeur depuis presque 12 ans. J’ai commencé lorsque j’avais 11-12 ans, a taguer, voire défoncer les toilettes de mon lycée au marqueur ! (rires) et je n’ai jamais arrêté ! Aujourd’hui j’en ai 26 …

Donc voilà, c’est le milieu artistique dont je fais partie aussi, et ce n’est pas un choix générationnel parce que je ne me suis pas adapté à ce que voulaient les gens de ma génération, j’ai juste fait une sorte de continuité, de suite logique à un Art que je pratique depuis très longtemps. J’ai commencé, je me suis développé artistiquement, il y a eu des moments intenses en graffiti, quelques frayeurs…, des moments un peu moins intenses. Puis à un moment donné tu te calmes un peu et tu te dis que ça serait plus intéressant de développer une galerie, ça te permet de rester dans ce milieu et de continuer à vivre cette passion (d’une manière plus mûre)…

M.M :Vos influences artistiques en détails ?

D.L : Mes influences artistiques sont assez restreintes… je dirais que j’aime l’Art de la lettre et la calligraphie principalement. Cette manie de tout le temps vouloir déformer au maximum les lettres pour leur faire prendre de nouvel formes et les rendre totalement illisibles au novice.. J’aime aussi tout ce qui se rapporte aux comics et bandes dessinées ainsi que le neo expressionnisme de manière générale.

Ensuite bien sûr, il est primordial de intéresser aux styles précurseurs qui ont permis à des artistes de développer de nouveaux styles jusqu’à atteindre le graffiti et le street Art…On peut y retrouver l’Art naïf pour les aplats et les couleurs, le cubisme pour la déformation des personnages, le dadaïsme pour son côté innovateur et limite provocateur, et bien d’autres…

M.M : Les cinq œuvres qui vous ont le plus marqué ?

Driss : C’est difficile de donner 5 œuvres car les œuvres qui m’ont le plus marqué n’ont pas forcement de nom et sont souvent dans la rue ! Sinon je peux vous citer :

-Le style cubisme de face de Picasso comme « portrait de femmes » pour le rendu minimaliste du contour du visage et le mélange des couleurs

-Les œuvres de Warhol en général pour l’audace d’avoir revu à sa manière certains personnages ou personnes réelles.

-« Dextrose » de Jean Michel Basquiat: simple, propre et efficace ! Le précurseur !

-Toutes les œuvres de Banksy m’ont marqué ! (rires)

– Les œuvres d’Hassan Massoudy, d’une manière générale, qui sont pour moi une façon moderne de remettre au goût du jour la calligraphie arabe en y incrustant des volumes et des couleurs.

Mais les plus belles œuvres que j’ai vues, en tout cas celles qui m’ont procuré le plus d’émotions, sont dans la rue, sur des murs ou le long des chemins de fer ou de métros… Elles sont cachées de tous, et c’est tant mieux !

M.M : Un petit mot pour les artistes en devenir qui liront cet article ?

D.L : Y’a pas de secret, s’ils décident d’en faire leur métier, il faut y aller franco. Ne pas avoir peur de laisser libre pensées à leur créativité. La créativité est la seule vraie liberté. Il faut pousser le bouchon à fond pour développer sa propre identité artistique, ne pas avoir peur d’aller « trop loin » et de ne pas chercher absolument à vouloir plaire aux gens. Toujours rester dans son style même si ça ne plait pas au début, l’Art est une éducation dont les artistes eux même éduquent les autres au leur.