Khaled, l’interview: Personne ne m’a tendu la main

  • Musique 
  • vendredi 12 avril 2013 à 15:28 GMT

Samedi 6 Avril, Khaled a été invité à participer au Fun Run, un évènement organisé chaque année par l’association Hand in Hand qui a pour but de venir en aide aux populations défavorisées d’Ifrane et de sa région. En tant qu’artiste adulé par un public vaste, et touchant de plus en plus de jeunes conquis, entre autres, par son dernier album « C’est la vie », l’association a pensé à lui pour son évènement phare de l’année. Quelques heures avant de se produire dans l’amphithéâtre de l’université Al Akhawayn, Khaled a accepté de répondre à quelques unes de nos questions.

A : Vous êtes ici ce soir  pour participer à ce gala organisé en la faveur d’élèves et d’enfants issus des régions rurales. Comment voyez vous cette initiative ?

Khaled : J’ai envie de dire tout d’abord que, comme j’ai déjà participé à Casablanca à une soirée similaire en la faveur d’enfants souffrant d’une malformation du cœur, j’ai le sentiment en tant que Maghrébin, Musulman, et artiste conscient qui a pu réussir et qui est aimé par son peuple et ses fans à travers le monde, que c’est un devoir. Un artiste conscient et éduqué, ne devrait pas faire de différence entre le travail et l’humanitaire. Ils sont ex æquo à mes yeux. Je sais d’où je viens et j’en suis fier. Je ne suis pas né avec une cuillère en or dans la bouche et ça n’est pas plus mal (Rires…). J’ai mené une enfance normale comme vous et j’osais à peine rêver de passer sur les chaînes nationales et être apprécié dans mon pays. Ma participation me paraît naturelle, car on est censé aider.

A : Que pensez-vous de ces jeunes qui sont entrain de créer des associations pour venir en aide à d’autres dans le besoin ?

Khaled : C’est ce qui me pousse à accepter. C’est la raison même qui m’encourage. Il y en a beaucoup et je reçois beaucoup de demandes que je ne peux malheureusement pas toutes honorer et j’espère qu’ils ne seront ni jaloux ni dégoûtés. Quand j’étais plus jeune, mon père m’obligeait à étudier à côté de ma passion et j’ai fait le nécessaire pour lui montrer que je pouvais y arriver, c’était mon « challenge », mais l’on ne peut pas changer le destin. J’avais la musique, je voulais réussir et Dieu sait que ça n’est pas facile chez nous, on est bien d’accord (Rires…). Personne ne m’a tendu la main et je suis fier de dire que je me suis formé moi-même. Et je suis d’autant plus fier de pouvoir dire à l’étranger que nous avons une jeunesse instruite. Elle est parfois perdue, mais la chance joue son rôle et on se fait repérer, comme moi. Et pour revenir à vôtre question, mon rôle est là, dans la rue quand les jeunes me parlent, ils m’écoutent comme un vieux sage, et je me dois de faire passer ce message d’entraide. C’est obligé.

Crédit photo: Lamiae Skalli

Crédit photo: Lamiae Skalli

A : En parlant de vieux sage, votre dernier album, s’éloigne un peu de cette image grâce en partie à la collaboration avec Pitbull et à des chansons plutôt festives adressées à un public plus jeune. Comment vous êtes vous orienté vers cette voie là ?

Khaled : La musique a besoin de recherche. Je me dois d’évoluer avec la mienne car sinon elle disparaîtrait. J’ai grandi avec Brahim El Alami et Mohamed El Idrissi. Et là aussi, je me bats pour ma culture car il y a un patrimoine à préserver;  il ne faut pas le laisser mourir. Et pour ne pas les tuer, il faut suivre l’évolution. Demain, je préfèrerais réarranger « Doub Ya Galbi Doub » ou encore « Mahla Ifrane », avec une bonne basse ou DJ et en faire autre chose et lui redonner vie.

A : Comment s’est déroulée cette collaboration ?

Khaled : En ce qui concerne Pitbull, ça n’est pas ma première collaboration, j’en ai fait avant avec des artistes arabes, Santana, et d’autres étrangers. Cette fois-ci je suis tombé sur un marocain, un DJ connu comme moi, aux US, qui a travaillé avec des grands- Jennifer Lopez, Lady Gaga et j’en passe-, et comme j’ai le sang chaud et que je suis fier de mon pays, on a fait ça. On s’est rencontré et il m’a proposé cette collaboration. Pour le scoop, je n’ai pas rencontré Pitbull, on a mis nos voix séparément. Pendant un moment, j’ai même eu peur de ne pas pouvoir m’adapter car je n’aime pas être esclave des machines. Seulement, pour l’histoire, « C’est la vie », et les deux autres chansons avec RedOne ont été terminées en trois jours seulement à Stockholm. Il y avait une bonne entente et une excellente compréhension grâce auxquelles je n’ai pas eu de mal à communiquer avec RedOne, et j’ai pu chanter normalement. La diversité qu’il y a dans tous mes titres – reggae, R’n’B, rap, Hindi, andalous ou rock- existe exprès, en tant que Maghrébin, pour exprimer l’échange et l’hospitalité, parce que j’appartiens à un monde. On accueille et l’on est accueilli ailleurs. Il faut essayer de s’ouvrir aux autres.

Crédit photo: Lamiae Skalli

Crédit photo: Lamiae Skalli

A : Votre nouvel album a connu un franc succès, et Rachid Taha vient de sortir son album « Zoom ».  Envisagez-vous un projet en commun avec lui dans le futur? 

Khaled: Il y a un projet qui devrait se faire au Maroc. Mais il faut savoir qu’avec Rachid Taha, c’est différent, nous sommes amis, nous sommes frères, seulement il évolue dans un autre style. Il fait plus dans le hard rock, et moi-même, j’évolue plus dans le rock. Cela dit, c’est une personne très intelligente et il y a une très bonne entente entre nous. Il m’a contacté récemment et ça pourrait se faire, inchallah. Je ne peux pas trop me prononcer là dessus encore, mais pourquoi pas ? On verra bien.

A : Un dernier mot pour vos fans?
Khaled: Inchallah, de la bonté, du bonheur, de l’amour pour cette année. Ma politique c’est que j’aime tout le monde et que j’ai envie que tout le monde s’aime.