Ken Park, le constat sans vergogne

  • Cinéma 
  • jeudi 1 septembre 2011 à 21:31 GMT

Pour cette chronique, j’ai choisi de me fier à mon habitude de sélection décalée et de choisir pour vous un film qui sort quelque peu de la norme. Un film cru, sans tabous mais dont la qualité serait d’être aussi direct qu’une fléchette lancée pour abattre sa proie: son ultime but. L’aboutissement d’un travail, fait selon la base que rien ne saura retarder ni amputer la réalisation d’un pénible constat. Un film qui fait son bout de chemin pendant une heure et trente minutes sans pour autant se laisser morfondre dans de complexes et pittoresques mises en scène. Ken Park de Larry Clark tourné en 2002.

L’histoire, ou peut-être les histoires de ce film, sont une série de personnages et d’adolescents typiques de la société américaine. Des jeunes d’une petite ville de Californie, préoccupés par leurs propres problèmes, leurs univers, leurs espace et leurs vie de tous les jours. Des jeunes aussi qui finissent par se retrouver dans cette attirance si ce n’est dans ce désir cutané du sexe et de la drogue, du vice et du plaisir. Et ce, en outrepassant les contraintes fixées par leurs parents; des parents qui à leur tour ne sont tourmentés que par leur propre personne. Et c’est cela la portée du film: dépeindre le portrait glacial et morbide d’oppresseurs pourrissant dans leur propre malaise mais qui osent cependant dicter, ordonner et conseiller.

Un jeu d’adolescent où chacun essaye de trouver sa propre voie et ses propres aspirations, et dont l’Adulte n’est alors que l’intrus nauséabond qui vient embrouiller la petite vie de ces quelques jeunes. Un adulte dont le sérieux se voit démystifié par Larry Clark, en le faisant incarner par ces personnages paumés, troublés et si médiocres. Des personnages qui se sont vus consumés par leur propre mal-être, leur déchéance dans l’alcool, leur fanatisme dans la religion, et encore par leur perdition dans un inceste soudain. Des parents qui n’arrivent plus à faire un deuil, qui ne veulent plus vieillir et qui refusent tout simplement de voir leur progéniture grandir.

 

De fulgurants portraits d’adultes désœuvrés, finement ficelés par un Larry Clark au mieux de sa forme. Des portraits qui remettent en cause la légitimité même de tout parent. Le cinéaste nous explicite le mieux possible que peut-être dans l’histoire de la vie, la raison appartient aux adolescents, et que, pour les adultes,  seule la palme d’avoir su à merveille refléter ce que la société a choisi d’en faire leur saura être décernée. Les adolescents sont purs, dénués de tout passé, n’ayant qu’un présent où prendre plaisir et un futur à façonner derrière quelques joints et bouteilles. Alors que les parents, que les adultes, que les grands tels qu’ils prennent plaisir à se nommer n’ont qu’un passé souillé sur lequel se repentir.

 

Clark finira alors par déboucher sur une fin tragique pour certains, et pour d’autres, une conclusion pour le moins à la hauteur de leur attente, synonyme de liberté, de nouvelle vision des choses et puis finalement d’utopie. En somme Ken Park reste un de ces films dont l’atmosphère décalée nous fait sentir que la chose est grave, que le drame de la société peut en certains moments atteindre son paroxysme, le bout, la limite du possible.

Quant au jeu des acteurs, nous avons la performance quasi excellente du côté des adolescents d’un Stephen Jasso, ayant su aller au bout de son rôle qui était celui de l’innocent rebelle. Puis du côté des parents, nous avons le jeu de Wade Williams qui comme à son habitude ne déçoit pas dans ses rôles, ceux en l’occurrence qui tournent autour du personnage raté et médiocre qui ne s’engouffre alors que dans du vice pour cacher sa lâcheté.

 

 

Un film à voir afin d’admirer l’essence même du talent de son réalisateur, une œuvre culte qui restera exempt de toutes critiques ou notes.