Kalakhnikov, la résurrection de Hoba Hoba Spirit

  • Musique 
  • jeudi 25 avril 2013 à 19:38 GMT

Darwin disait que toute espèce qui ne s’adapte pas meurt. Du reste, si l’homme descend du singe ou de la tortue, il n’en est pas question ici. On peut lui accorder cette théorie au moins. Ainsi, me semble-t-il de la musique dernièrement. L’identité musicale des artistes est constamment bousouflée au rythme des succès mondiaux. C’est à qui imite le mieux les tubes qui ont réussi ailleurs. De Khaled aux Hoba Hoba Spirit, le temps est aux sonorités et à la danse.  Le dernier roi du raî, puisque ce royaume des trois rois est dépeuplé et stérile depuis belle lurette, avait choisi de déserter son pays pour mettre les voiles vers le nouvel eldorado des musiques discothécales, à bord du  »C’est la vie »naufragé en pleine croisère. Les Hoba Hoba Spirit ont au moins le mérite de garder intacte leur identité. Ils y sont « nés », dans cette époque, ou du moins ils y ont connu leur succès. Cette nostalgie des temps ou paroles et sonorités s’unissaient en justes noces, d’égal à égal, ne les concerne pas. Il n’y a pas lieu de les accuser des tares de leur époque, mais il est nécessaire de constater l’évidence de leur appartenance à la catégorie de la « new age music ».  C’est en ceci que la musique a shifté, les beaux poèmes et chants anciens croupissent dans les celliers de l’oubli, à se bonifier jusqu’à ce que la dernière goutte s’en évapore sans qu’un quelconque compositeur daigne s’aventurer à les sortir de leur torpeur pour leur rendre leur beauté ancienne,  puisqu’il ne s’en produit plus de pareils. Dans l’impossibilité de concurrencer les DJ en se suffisant d’une musique purement instrumentale,  on s’arrrange d’une matière quelconque pour remplir et accompagner. Peut être que, comme Hassan el Fad disait que le rire suffisait au rire, la musique suffit à la musique, quoique les sonorités dussent s’accomoder du lest des paroles qu’elles traînent bon gré mal gré. L’effet qui s’en va scelle sa valeur, en dépit de toute norme et de tout classicisme.

Sans titre
Ainsi, en d’autres temps, il fut une musique qui s’adressait à l’esprit, la joie des sens rejoignait celle de la raison qu’elle transcandait par les secrets cachés des rimes et des vers aux reliefs desquels de savants compositeurs brodaient des oeuvres d’art. Nous avions des brodeurs, aujourd’hui il n’est plus que des tisserands. En nos temps, il est né un nouveau genre, qui s’adresse au corps pour le délester d’un stress grandissant et constant. Par le rythme, elle veut canalyser la catharsis, comme quoi  »seuls les sens peuvent guérir l’âme, comme seule l’âme peut guérir les sens », selon un certain Oscar Wilde. Nouveaux Aissawas, nouveaux Hmadchas, va savoir. A l’image de la chanson éponyme de l’album  » c’est la vie » qui fait le bonheur des salles de sport et des discothèques, la nouvelle musique veut inciter à la danse et au mouvement.   C’est dans ce scope, et uniquement celui-ci, se gardant bien de dépasser ses frontières, qu’il faut considérer l’oeuvre de Hoba Hoba Spirit, quant à chanter l’élégie du peuple, c’est désormais plus du marketing, de la mode, que tout autre chose. On ne peut plus vendre décemment autrement qu’en chantant le mal être ou l’amour -apprécié publiquement pour les filles via Elissa et compagnie, en cachette ou sous le masque des blues aka mélomanie pour les garçons-, seules vestiges restants des fibres sensibles des  automates que nous sommes devenus. Celui-ci n’aurait pas été, ou serait éradiqué par un sursaut de conscience de l’humanité, alors poètes, chanteurs et moult artistes ne trouveraient plus rien à se mettre sous la dent.

 

HOBA_HOBA_SPIRIT

  Ceci étant dit, il convient de dire que le nouvel album de Hoba Hoba, Kalakhnikov (disponible en écoute intégrale sur Deezer) est très réussi, dans sa catégorie. C’est un pur Hoba Hoba Spirit. Il lui manque peut être une excuse pour la médiocrité de leurs récents antécédents à l’image d’Eminem qui s’excusait dans « Not Afraid » du peu de qualité de  » Relapse », mais telle mesure n’est pas de mise et est peut être trop courageuse  pour que Hoba Hoba puisse s’en offrir le luxe, au vu du peu d’envergure qu’ils ont par rapport au grand rappeur. Ainsi, Kalakhnikov surprend pour avoir largement plus que le lot minimum de bonnes chansons qu’un album se doit de compter en son sein.Toutes aussi agréables à écouter les unes que les autres, on trouvera donc Kalakhnikov, Sidi Bouzekri, AbdelKader; Grimma Awards et enfin Heroes, compilation dans ses paroles de titres d’anciennes chansons de Hoba Hoba, peut être pour symboliser la pérennité de la misère,l’ignorance et de tout ce qui  va mal dans ce cher pays qui continuent d’être d’actualité quoique beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis qu’elles furent chantées. Et, si l’on se débarasse du réflèxe de dénigrer automatiquement tout ce qui se chante en Darija et qui ne date pas d’avant la guerre de vingt-six ans, on accusera dans Kalakhnikov, ou l’ignorance qui tue, un travail un iota meilleur sur les paroles, toujours dans la catégorie pré-citée. Côté sonorités, Kalakhnikov cartonne aussi, et rappelle l’excellence des titres qui avaient initialement fait le succès du groupe. Hoba Hoba Spirit ne pouvaient espérer de meilleur retour sur la scène de la chanson et pour leurs fans qui les tenaient pour morts et enterrés. La confiance du public maintenant à priori restaurée, il convient dès lors de s’exercer à rester fidèle à un standard  désormais hissé très haut, sans quoi ils retomberaient dans la fosse qui dépasse déjà des artistes qui ne créent le merveilleux que par un hasard de plus en plus rare.

 

P.S

Le public  Jadidi pourra voir Hoba Hoba Spirit et le nouvel album dès demain 26 avril au Théâtre Mohammed Said Afifi, évènement organisé au profit de l’association Mama Assia d’aide aux détenus mineurs.