Joël Dicker : Un arnaqueur sympathique

  • Livre 
  • vendredi 26 avril 2013 à 20:43 GMT

« Joël Dicker redonne au polar ses lettres de noblesse ». Voilà le genre de phrases que j’ai pu croiser lors de mes cheminements hasardeux sur la toile après la parution de  La vérité sur l’affaire Harry Quebert, grand prix du roman de l’Académie Française et accessoirement prix Goncourt des lycéens. C’est le tapage médiatique autour du livre, mais surtout autour de la personne de Joël Dicker,  un jeune apollon suisse, qui m’a poussé à me le procurer (non, en vérité on me l’a offert). Chose que je n’aurai sans doute jamais faite en temps normal, n’étant pas spécialement friand de romans policiers. Je vais sans doute m’attirer les foudres de bon nombre de lecteurs (une poignée de milliards en l’occurrence) en revendiquant haut et fort l’horripilation que j’éprouve à la lecture d’Agatha Christie ou encore Mary Higgins Clarks, d’ailleurs je vais rarement au bout de leurs œuvres, non pas qu’elles soient des femmes, et par conséquent inapte à produire du génie, mais parce que leurs histoires de flics et d’homicides m’ennuient profondément. C’est aussi simple que cela.

Joël Dicker, revenons-en à l’écrivain. Ce jeune auteur d’à peine vingt-sept ans, dont c’est juste le deuxième roman, le premier ayant connu un échec monumental dans les librairies francophones. Pourquoi  diable ce deuxième ouvrage, connaît un destin plus clément, qu’a-t-il de plus ?  Pour tout vous dire, moi non plus je n’ai pas la réponse, à mon avis, ce n’est qu’une question d’aura et d’injustice. Deux bébés qui ne naissent pas sous la même étoile, ça arrive, et c’est ainsi. Les points de divergence entre les deux livres n’ont rien de flagrant, le fond est le même, la forme quant à elle, touche le fond. Certains critiques saluent son travail d’écriture,  qualifiant son style de « simple » de « sobre » et de « dépouillé ». Si par écrire simple on entend multiplier les clichés et les lieux communs, à ce moment-là, le rapport de Joël Dicker à la simplicité relève du génie ! En vérité,  le style Dicker n’est pas simple, mais il est simpliste. Tout ce mélimélo d’impressions sur le style d’écriture d’un petit suisse (qui a fort besoin d’être édulcoré) me ramène à me poser cette question fatidique : Pourquoi un tel engouement autour d’un livre aussi faible ?

De quoi s’agit-il ?

A force d’épiloguer, j’en ai oublié de vous parler de l’histoire que raconte le livre, parce qu’un roman qui plus est policier, vous en conviendrez, est avant tout une histoire, une intrigue et un dénouement spectaculaire. De ce côté là, considérer que notre ami Joël ait failli à sa tâche serait faire preuve d’une mauvaise foi intergalactique. L’histoire se passe aux États-Unis, au New Hampshire plus précisément, où Marcus Goldman, un jeune et beau romancier à succès  fais face à une panne d’inspiration. Son mentor, un certain Harry Quebert, grand écrivain adulé par tous, auteur de Les Origines du mal, un chef d’œuvre de littérature (selon le roman), est accusé de meurtre sur la personne de Nola Kellergan, une jeune fille d’à peine quinze ans avec laquelle il aurait entretenu une relation durant l’été 1975. Goldman va à la rescousse de son maitre et ami, profitant de cette mésaventure pour pallier sa panne en signant un livre intitulé « La vérité sur l’affaire Harry Quebert ». Le syndrome de la page blanche, les relations et idylles interdites, les enquêtes criminelles tumultueuses, des thèmes qui a priori intéressent n’importe lequel d’entre nous, qui sommes humains-esclaves de notre curiosité, pièce maîtresse de tous les vices. Le hic, c’est que ces thèmes-là ont été moult fois rebattus en littérature et par des plumes majestueuses, seul un style conséquent pourrait métamorphoser un manuscrit insipide en objet littéraire digne de son nom. Or, Joël Dicker est loin, très loin d’octroyer à sa création cette transformation universelle. Une phrase de son dit roman, cela ressemble à ça :

« La vie est une longue chute Marcus. Le plus important est de savoir tomber. »

ou encore :

« (…) écrire un livre, c’est comme aimer quelqu’un, ça peut devenir très douloureux. »

La littérature est en séance de chimio.

Un peu plus loin, j’ai buté sur ce passage-là, extrait de « Les Origines du mal » supposé être l’un des meilleurs ouvrages épistolaires jamais écrit au cours de ces deux derniers siècles, je vous laisse admirer :

 « Ma chérie,

(…) Aujourd’hui encore, je suis venu à l’aube devant chez vous. Je dois vous l’avouez : je le fais souvent. J’ai guetté votre fenêtre, tout était éteint. Je vous ai imaginée dormant comme un ange. Plus tard je vous ai vue, je vous ai admirée dans votre jolie robe. Une robe à fleur qui vous allait si bien. Vous aviez l’air un peu triste. Pourquoi faut-il être triste ? Dites-le moi et je serai triste avec vous.

PS : Ecrivez-moi par la poste, c’est plus sûr.

Je vous aime tant. Tous les jours, et toutes les nuits. »

La littérature est en soins palliatifs et demande à être euthanasiée !

Des personnages creux, sans âmes, fabriqués en pâte à modeler par des singes bonobos. Même les protagonistes supposés être « méchants », ne le sont pas vraiment, chez Joël Dicker personne n’est fondamentalement mauvais, tout n’est que suite d’accidents malheureux ! Cette nihilité de noirceur, de cynisme et de cruauté confère, contrairement à ce qu’il espérait, à son travail un aspect utopique assez obsolète, qui me rappelle cette fameuse phrase : « C’est avec de bons sentiments, qu’on fait de la mauvaise littérature ». Le roman aurait dû être nommé autrement, quelque chose comme : « Un meurtre chez les Télétubbies ».

Joël Dicker reçu à l'Académie Française.

Entendez-moi bien, La vérité sur l’affaire Harry Quebert est un livre qui ravira les amateurs de polars, non par la subtilité de son style, mais par ses rebondissements semblables à ceux des séries américaines où l’art du cliffhanger est justement maîtrisé, du moins à la fin de chaque épisode/chapitre. Ne vous  méprenez donc  pas ! Le récit est accrocheur, les destins croisés sont remarquablement travaillés. En réalité, ce petit tartufe de Joël Dicker a berné tout le monde, et les lecteurs, et l’Académie Française, cette maison de retraite pour écrivains ratés. Il a compris qu’en surfant sur la vague de  « La littérature pour tous » rajoutant à cela une intrigue, un peu de romance et son joli faciès, tout le monde mordrait à l’hameçon, moi le premier. D’ailleurs, j’en garde une belle séquelle à la joue.

Cela dit, il n’y a pas que des regrets à avoir lu un roman qui fait presque sept cents pages. Ce pavé sera dorénavant mon livre de chevet, toujours à portée de main, au cas où par une nuit d’orage, je me fasse surprendre par un cambrioleur importun. Un coup d’Harry Quebert sur la tête, et je l’enverrai dans les cordes !