Jazz au Chellah: Pays nordiques, européens et maghrébins se joignent tous au Festival

En cette soirée du 15 Juin 2012, les remparts du monument Chellah abritent le Festival en exposant des artistes de renommée. Le groupe d’Alexi Tuomarila, Slang et le duo de Yacer Rami sont au rendez-vous.

Destination les pays nordiques pour une première partie de la veillée nocturne avec le pianiste grandiose finlandais Alexi Tuomarila. Cet artiste très jeune, révélé au tournoi de jazz de Hoeilaart en 2001, nous explique la raison de son succès, non pas en mots, mais en coups de maître. Une vitalité incroyable. Ce jeune garçon à l’apprentissage précoce sait faire monter d’un cran le souffle de l’audience en accélérant tantôt la rythmique de sa mélodie, tantôt en faisant ralentir son jeu au suspens. Son toucher, sa vélocité, sa technique ne cessent d’éblouir.  Il n’est pas seul cependant. Accompagné de la rythmique du contrebassiste suédois Anders Jormin (qui par la même occasion a côtoyé de grands artistes tel que Carles Lloyd, Don Cherry ou alors Bobo Stevenson)  et du jeu ardent et souple à la fois du batteur Markku Ounaskari, ils combinent à eux trois un jeu musical ambiant, un nouveau jazz, débordant d’harmonies entremêlées.

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La soirée se poursuit avec la performance du groupe belge « Slang ». Une toute autre vision du Jazz.  Une musique qui insuffle une ambiance énergétique dans toute la scène de manière distincte. On sent qu’il y a quelque chose de différent, quelque chose d’impalpable dans ces sonorités, qui ne se dit pas mais se ressent. Un Slang qui n’a pas de slang pour s’exprimer, mais une profondeur dans les percussions, une âme qui se révèle uniquement aux oreilles des festivaliers. Et elle l’est davantage en compagnie du duo Yacir Rami (au luth), et Antoine Morineau (aux percussions). Un duo principalement influencé par le jazz mais dont la musique reste cependant brillamment teintée de musique orientale maghrébine. Un formidable métissage enjoignant les deux styles, deux esthétiques similaires qui se balancent en l’air, en notes orientales qui font vibrer la scène de mille résonances. Un solide sens de l’improvisation: rares sont les combinaisons d’harmonies serrées et de qualité ambiante qui se jouent librement de la sorte. Une facilité dans le jeu que l’on ressent dans le visage extatique de chacun. Ils vivent leur musique et la transmettent. Leur forte présence sur scène nous explique leur travail acharné, leur créativité, leur complicité … Ils sentent tout le poids de ce qu’ils jouent et n’en souhaitent garder une once uniquement à eux-mêmes, car après tout, le jazz est une musique de partage, de diversité transmise.

Crédit: Mohammed Chamali

C’est dans cet esprit là que s’érige toute la philosophie du festival. Un imbroglio de diverses cultures, européennes et orientales qui s’imbriquent les unes sur les autres pour ne former qu’une seule musique, pendant un moment éphémère certes, mais à la fin, il reste quelque chose, quelque chose d’indéfinissable, et en même temps chargé d’émotions.