Jazz au Chellah : Entre jazz militant, philarmonique et Amazighe

Chaque année, le nombre d’affluents au festival du Jazz au Chellah prend de l’ampleur. Le désir de découverte est à son comble.
Hier soir, on attend avec impatience ce jazzman blanc italien qui choisit cette fois de dédier toute une suite pour rendre hommage au leader noire de confession musulmane, Malcolm X. Sur la scène de Chellah, Francesco Bearzatti s’érige le titre de fervent combattant des droits de l’homme, mais pas n’importe comment. Il éblouit le public avec un rythme à la fois rock et funk (et même rap) qui fait vibrer les tympans d’amateurs de jazz. Une musique terriblement belle et imposante, exprimant toute la créativité de l’artiste grâce à son œuvre nouvelle et créative. La vie de Malcolm se délivre en notes musicales. L’adolescence du militant, sa délinquance, sa conversion à l’Islam, les trahisons dont il fut l’objet… Francesco ne rate rien et se donne entièrement pour transmettre sa vie en toute sincérité.

A la fois clarinettiste et saxophoniste ténor, l’artiste est accompagné de son frère Giovanni Falzone à la trompette, Danilo Gailo à la basse  acoustique et de Zeno De Rossi à la batterie. La musique les unit, mais aussi la cause.

« Our objective is freedom, complete justice, complete equality, by any means necessary », X.
Vers la fin de la prestation, les membres du groupe enlèvent leur tee-shirt jalonné de l’X pour afficher le maillot marocain. Et le public marocain de s’exprimer en applaudissements face à cet acte de fraternité interculturelle. Le groupe les interpelle sur un dernier morceau de sa Tinissima Quartet.

Place ensuite au célèbre vibraphoniste de jazz luxembourgeois. Cette année, il se voit attribué le prix Echo Jazz (l’équivalent du Grammy Award en Allemagne), le récompensant ainsi pour sa notoriété désormais internationale. Présent il y a deux ans sur la scène de Chellah, il revient encore une fois avec son propre quartet. Une musique, un langage… une réflexion très profonde sur le sens de la poésie, une mélodie pleine de finesse, séduisant non seulement l’oreille du public mais aussi son esprit, car elle n’est pas exempte de sensations subtiles véhiculées par les quatre artistes, à savoir également le pianiste Franz von Chossy, le batteur Jense Duppe avec ses techniques innovatrices et enfin Christophe Devisscher jouant sa contrebasse tantôt sur un ton mélodieux, tantôt sur un ton étouffé.
L’énergie du quartet joué devient encore plus puissante lorsque le groupe Ribab Fusion entre finalement en scène. Une plongée au cœur de la culture Amazighe en revivant toute la force de ses instruments traditionnels tel que le ribab ou l’outar.

Bouhssine Foulane compte redonner la légitimité de sa culture sur la scène musicale nationale et internationale.  Il s’est distingué en 2009 pour l’élaboration d’une musique qui enjoint à la fois modernité et traditionalisme marocain empreint d’une culture sud marocaine amazighe. Et quelle est donc la surprise du public de Chellah lorsque les groupe de Schumascher et de Bouhssine font fusion dans le morceau « Rencontre » composée par l’artiste amazighe spécialement ce soir : et ce n’est pas surprenant de la part d’un un artiste qui s’inscrit naturellement à la croisée des différences musicales !

C’est une autre soirée qui s’ajoute au palmarès des concerts de Jazz au Chellah. Une musique à la fois intense, subtile… pleine de créativité et d’expression.