Insensibles ou le bouleversement du cinéma espagnol.

La guerre civile en Espagne et le régime Franquiste ont longtemps été des sujets classés tabous au su de la douleur et la tristesse qu’ils évoquent aux Espagnols. De fait, très peu de films (notamment ceux de Guillermo Del Toro) ont traité de cette époque. Pourtant, mercredi dernier a connu la révélation d’un jeune cinéaste inconnu du monde cinématographique, Juan Carlos Medina, à travers son premier long métrage « Insensibles », fruit d’une collaboration franco-espagnole. Avec un budget de 4 000 000£, Insensibles a déjà reçu le Méliès d’Argent du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg 2012 assurant ainsi sa nomination pour le Méliès d’Or 2012, et est aussi nominé pour 5 autres récompenses. Dernière anecdote : Medina a commencé à écrire son film en 2003, et donc l’élaboration du corps du long métrage a pris 8 longues années avant d’aboutir ! En effet, Medina affirme que la complexité du film et ses thématiques sensibles l’ont poussé à vouloir parfaire son travail dans les moindres détails avant de le montrer au grand jour.

Place à l’histoire ! Un brillant neurochirurgien découvre qu’il est atteint d’un cancer et se trouve donc dans l’obligation de retrouver ses parents biologiques pour une greffe de moelle osseuse très urgente, mais durant sa quête, certains secrets abominables concernant ses origines sont déterrés, notamment ceux impliquant des enfants atteints d’algoataraxie (incapacité congénitale à percevoir la douleur) internés dans un asile. On découvrira alors les horreurs de la guerre civile espagnole et ses effroyables vestiges.

A travers ce bref synopsis, certains d’entre vous auront un arrière-goût de déjà vu, ce qui est normal puisque ce film de par son histoire regroupe beaucoup de caractéristiques propres au cinéma ibérique. Medina n’a pu échapper à la redondance de ce genre, mettant en scène des enfants dans un cadre fantastique, le tout agrémenté d’un drame familial, celui du neurochirurgien. En outre, quelques erreurs (mineures pour la plupart) de mise en scène ont été signalées par le public.

Verdict ? L’on est loin de dire que c’est un chef-d’œuvre, cependant, il ne faut pas oublier que ce jeune réalisateur n’est qu’à son tout premier travail, et la fluidité avec laquelle il a pu valser entre les différents genres (fantastique, drame et horreur) dans une même œuvre est en elle-même une belle promesse pour le futur, d’autant plus que malgré un bon nombre d’erreurs techniques, l’on peut repérer la « marque » du jeune Medina qui caractérise son travail. Et bien sûr, les effets spéciaux, la musique de fond et le jeu d’acteurs ne sont pas à laisser de côté ! À propos du jeu d’acteur, il faut savoir que le comédien Tomas Lemarquis a dû passer par près de 6 heures de maquillage pour tourner la scène finale du film et a même accepté de dormir avec ce maquillage toute une nuit, ce qui a conduit à une allergie inattendue de la peau qui a fait que les fausses scarifications y restent gravées plusieurs jours. N’est-ce pas une grande preuve de motivation et d’engagement envers le film ?

Un dernier point à évoquer : La restriction d’audience. En effet le film présente une restriction aux moins de 16 ans à cause des images considérées « choquantes » pour les âmes sensibles, ce qui explique le fait qu’il ne soit pas programmé dans la majorité des salles françaises, poussant un bon nombre de français à s’en indigner.

En conclusion, un film très déstabilisant, morbide, traitant d’un sujet sensible à l’extrême, mais qui a été manié avec toute la minutie dont le jeune cinéaste a été capable.

Pour ma part, ce sera un bon 4/5, pour un premier essai très réussi.

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