I Saw The Devil: The Bad vs. Old Boy

Kim Jee Woon est sans doute le Spielberg Sud-Coréen,un touche à tout de génie, qui a su réinventer comme un certain Tarantino et ses séries Z, le bon vieux thriller Americain, en arborant des schémas scénaristiques et stylistiques aussi bien créatifs qu’efficaces. Le dernier en date fût son ambitieuse parodie « The Good, The Bad and The Weird », qui malgré ses qualités techniques, a malheureusement un peu déçu les fans du western Spaghetti, parcequ’il ya eu une volonté de  trop imiter l’humour des « Django » Italiens. Reste à voir son chef d’oeuvre ,« A Bittersweet Life » porté par son acteur fétiche Lee Byung Hun,  une oeuvre qui a chamboulé la presse écrite et tous les fans de la trilogie « Vengeance »  de Park Chan Wook . Le film noir,un genre oublié qui a comme seuls fers de lance,  le faux jeunot Nicolas Winding Refn (Trilogie « Pusher ») et un Michael Mann en rouille. Celui-ci est devenu un auteur en manque d’idées, qui a fini par recycler ses thèmes favoris, que sont le face à face et le destin croisé sur des grosses affiches comme  « Miami Vice » et « Public Ennemies« . Des rendez-vous manqués qui ont pour principale qualité leur imagerie HD superbe, qui sans un grain de retouche transcende l’atmosphère de ces villes, ces cages suffocantes, pour en capter l’humanité de ses acteurs superstars comme Johnny Depp, Colin Farrell souvent cantonnés à des rôles souvent surréalistes, policés et un peu trop maquillés. N’en déplaise à ses détracteurs,question caméra et ambiance,Kim Jee Woon en est définitivement un de ses meilleurs élèves.

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« A Bittersweet Life »: naissance d’un vidéaste dangereusement talentueux:

Comme un certain John Woo et  un Tsui Hark en forme, ses héros sont généralement des hommes à l’apparence viril et aux talents multiples, un mafieux Karatéka ou un Gunmaster. De vrais Action-Hero romanesques et  stylés ,qui de plus sont des clones réussis de Steve McQueen.Heureusement, ses films ne sont pas un copier-coller de l’industrie urbaine Hong Kongaise des années 90. Du fait,son « A Bittersweet Life » se rapproche plus d’un Jacques Audiard en plus testostéroné, comme pour « De battre mon coeur s’est arrêté », l’histoire est filmé du point de vue du personnage principal, à l’apparence stoïque pris au piège par sa condition environnementale et sociale. Une sorte de Golden Boy prêt à dévorer le monde, mais qui se retrouve handicapé par des démons intérieurs.Un poids, l’obligeant à se muer en un loup qui a pour terrain de chasse favori, la nuit et ses édifices monstrueux en ciment qui l’hypnotisent et le paralysent avec leurs lumières douces et ensorcelantes. Au final,Une âme en sueur, qui prend des allures de la « Belle et la Bête ». Définitivement,Un coeur au milieu d’une tourmente virile.

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 » I Saw The Devil »: Face/Off en plus gore.. la maturité d’un cinéaste-peintre:

Après ses créations« A Bittersweet Life » et « The Good, The Bad And The Weird », le cinéaste a atteint une maturité technique et stylistique, qui lui ont permis de sublimer un scénario qui apriori avait un goût du déjà vu.En Effet, cette suite de tableaux ensanglantés raconte  l’histoire d’un agent des services spéciaux (Lee Byung Hun) qui vient de perdre sa fiancée enceinte, victime d’un psychopate ( Min Sik Choi– alias Old Boy). Ainsi, notre héros brouille la ligne frontalière  entre le bien et le mal durant sa quête de vengeance.

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Dès les premières minutes, le ton est donné avec ses cris effrayants et quasi-Christiques de la victime.De là, la symphonie du diable va terroriser toute la ville, sa brigade policière et ses habitants, en particulier notre héros. Un introverti,ce Lee Byung Hun, qui va se révéler au cours de plusieurs scènes de torture, aussi cruel et inventif que son ennemi, ou plutôt son nouveau meilleur ami. Comme en hiver, cette fleur qu’est son humanité, va perdre ses pétales pour ainsi se mourir dans cette neige de la justice,fondu par ce rayon de lumière. Une lumière à la couleur rouge sang,proche de l’aube d’un « Apocalypse Now« . Dans l’imaginaire collectif, le chef d’oeuvre de  » Kim Jee Woon » pourrait être la suite direct de « Seven » de Fincher , à la merci d’une nature nauséabonde et rêche. Un tour de force marqué par des plans serrés, surtout ceux de la scène  du taxi et du musée morbide de notre tueur. Une caméra tournoyante qui met en évidence le corps tout en puissance d’un diable en extase.Un geste filmique qui fascine et qui terrifie à la fois, pour ainsi obliger le spectateur à sortir de sa zone de confort sans lui faire perdre ses repères de cinéphile. L’une des principales règles du genre horrifique, c’est le manque de dialogue qui permet de s’atteler sur l’atmosphère et au jeu d’acteur tout en férocité du duo Tom Cruise/De Niro du cinéma asiatique. Un vrai Face/Off, mais en plus gore qui a pour invité de luxe le très expérimental , Hae Il Park, déjà vu dans l’hybride « Host » et le chirurgical « Memories Of Murder ». Malgré quelques velléités scénaristiques à la proche d’un final en apothéose, qui par moment tombe dans la surenchère, le film et son concerto musicale sont d’une jouissance et d’une maîtrise implacable,et qui auront sans doute plusieurs émules Américains.

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Verdict: Un film pour tout spectateur en manque d’hémoglobine,d’intensité de jeu et d’action. Cet oeuvre importante d’un patrimoine Sud Coréen en devenir, est un peu le  » Sympathy For The Devil » des Rolling Stones , reprise par les Hard Rockeurs de Guns N’ Roses. Un film qui va faire passer la série de nanars « Saw » pour un fast food sans goût et sentant gravement le brûlé. (4/5)

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