Honeymoon, la tragédie romantique de Lana del Rey

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Après deux albums très différents mais tous deux acclamés par les critiques, Lana del Rey nous revient en ce mois de Septembre avec son troisième opus: Honeymoon. Oeuvre quelque peu hermétique (à l’image d’Ultraviolence, son prédécesseur), ce troisième disque imprime toutefois une identité bien à part, celle d’une Lana del Rey romantique, tragique, voire diva. Artisthick analyse pour vous ce nouvel ovni . 

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Tout comme Ultraviolence, Honeymoon n’est pas un album qui s’apprécie en une seule écoute. Plutôt hermétique, le disque ne peut vous rentrer dans la tête qu’après l’avoir écouté en boucle à plusieurs reprises. C’est toutefois la seule ressemblance que l’on peut trouver entre ces deux oeuvres; mis à part le style Lana del Rey qui reste une constante. L’époque Born to die est, elle, bien révolue. Ainsi, si certains titres au rythme lancinant peuvent rappeler « Videogames »; finis les « Born to die », « Blue jeans » et autres « Summertime sadness »; bien que Born to Die n’ait pas été un hymne à l’euphorie (le titre suffit à le comprendre), Honeymoon semble incarner encore un peu plus la tragédie.

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L’album s’ouvre sur le titre éponyme, « Honeymoon », titre lent qui reprend les codes de l’artiste: sonorités des 60’s à la « Goldfinger », paroles tragiques où il est question d’une idylle à la Bonnie and Clyde, et roulements de tambour à la « Videogames ». Il y a déjà tout de Lana del Rey dans ce premier morceau. « Music to watch the boys to », deuxième titre de l’album, tranche avec le précédent. La voix grave de la chanteuse ouvre une sorte de réponse au titre de 1967; « music to watch girls by », le titre d’Andy Williams racontait le jeu de séduction entre hommes et femmes, avec les quelques allusions machistes que veut l’époque. Lana del Rey reprend ce thème en y ajoutant une certaine touche féministe: Tandis que la voix mièvre dit des phrases telles que « I like you a lot »; une autre voix plus grave rétorque avec « I’ve been sent to destroy », réponse un peu amère mais bien formulée.

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C’est ensuite « Terrence loves you » qui poursuit la tragédie romantique. Encore bourré de référence, ce titre fait déjà un rappel plutôt évident dans la mélodie au « You only live twice » de Nancy Sinatra, idole de Lana del Rey. Une référence à David Bowie est aussi faite à travers le fameux appel « ground control to major Tom » du célèbre « Space Oddity ». Les deux titres partagent l’évocation de la lente agonie : chez Lana del Rey c’est celle d’une veuve désespérée, chez David Bowie, celle d’un astronaute condamné. La première fausse note de l’album arrive ensuite avec « God knows I tried », bien qu’incarnant plutôt bien la tragédie, la voix de l’artiste est beaucoup trop haute et fait même presque mal à entendre, le titre a toutefois le mérite d’être une bonne transition.

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C’est un morceau tout à fait différent qui suit, « High by the beach », beaucoup plus hip hop, bien que cela ne lui enlève aucune qualité, le titre est clairement là pour les radios, . Le titre évoque une énième tragédie romantique dont le clip incarne un bon contrepied puisque, au lieu de se lamenter, l’artiste préfère abattre un hélicoptère au lance roquette, solution un peu radicale au chagrin d’amour. Un titre un peu moins important suit, « Freaks » est une critique de l’élite artistique Californienne, dont les sonorités ont la qualité de faire une suite directe à « High by the beach » et donc de permettre une bonne transition. Plutôt cynique, le titre qui suit incarne une critique du bling bling et de l’arrivisme des célébrités-wannabe. « Art deco », bien que très doux dans le rythme est une critique sanglante de la recherche de la notoriété ainsi que le manque d’assurance qu’elle cache souvent : »You’re so Art Deco, out on the floor, shining like gun metal, cold and unsure ». C’est encore une chanson d’amour, « religion » qui prend la suite. Le titre reprend les défauts de « God knows I tried »: voix trop haute et paroles un peu faibles,  le titre reste toutefois un bon morceau, simplement un peu moins que les autres.

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C’est à ce moment que l’album commence à se faire un peu long, « Salvatore », balade bien que parfaitement écrite et composée, rabâche encore une fois les mêmes thèmes et l’on commence à avoir une impression de déjà-vu. « The blackest day » fait remonter un peu l’intérêt de la deuxième partie de l’album avec des sonorités un peu plus rythmées qui tranchent beaucoup avec la première partie du disque. Une petite référence est faite à Billie Holiday, autre grande influence de Lana del Rey. Suit « 24 », titre beaucoup typique de l’artiste, aux accents de tango, un morceau plus joyeux aux airs de slow des années 60. Un écho au « Goldfinger » de Shirley Basset semble être fait au dernier vers avec  » you’re cold to touch », très similaire au « this heart is cold » qui fermait le titre de 1964.

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L’album semble un peu s’essouffler en arrivant à la fin, ainsi la ballade « Swan song » manque un peu d’intérêt, bien qu’étant encore une fois bien écrit et composé, il n’incarne qu’une autre chanson d’amour tragique. C’est finalement une reprise de Nina Simone qui ferme l’album. Lana del Rey offre ainsi sa propre interprétation de « Don’t let me be misunderstood », très loin de la puissante voix de Nina Simone et du rythme de The Animals, Lana offre une version un peu faible et dénuée d’émotion d’un titre qui toutefois paraissait en complète cohérence avec le reste du disque, on aurait pu s’en passer.

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Honeymoon est un album qui s’écoute avec plaisir, mais on sent toutefois un mauvais équilibre des titres, beaucoup trop puissants au début et qui s’affaiblissent à mesure que l’on avance, notamment dans le texte et le sens. Le travail et l’attention qui y ont été apportés sont toutefois indéniables et, bien qu’un peu long, le disque reste une oeuvre de qualité, tout à fait dans la lignée de ses prédécesseurs. Une lune de miel un peu amère dans le texte, mais toujours très douce dans la mélodie.