Hommage à Brillante Ma. Mendoza

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  • vendredi 14 décembre 2012 à 20:22 GMT

Il existe dans le monde un pays, Les Philippines, réputé pour son folklore, ses belles plages, ses offres touristiques « Sur Mesure ». De temps à autre, un typhon dévaste quelques jolies terres, les défriche pour le meilleur comme pour le pire, et laisse derrière lui des citoyens démunis. Mais ignorez la seconde phrase, il ne sert à rien d’exposer les misères d’un pays: Pour l’étranger, seule la belle façade compte. L’enfer, c’est pour les autres, ceux qui y habitent.

Du cinéma de ce pays, nous ne connaissons rien. Ou du moins ne nous connaissions rien encore: Un Invité spécial a fait tourner les caméras vers ce coin isolé de la terre, et nous a fait part des problèmes sociaux saisis par sa caméra. Cet invité se nomme Brillante Ma. Mendoza.

Le réalisateur « Brillante Ma. Mendoza »

Permettez moi de profiter de cet article, pour rendre hommage à ce réalisateur. Je sais qu’il a besoin de distinctions, pour gagner estime à nos yeux dorés : Il a remporté le Prix de la Mise en Scène, pour son film « Kinatay », lors du Festival de Cannes en 2009.

Brillante Ma. Mendoza a un style à lui: Il marie fiction & documentaire, son oeuvre se situe aux bordures du réel et de l’imaginaire. Elle en touche les lignes rouges, mais ne les dépasse pas.

Tâche difficile que de rester dans le (Très ennuyeux) monde prosaïque, lorsqu’on parle d’Art. Comme il l’a dit lui même : »Mes films s’enracinent dans la réalité, naissent d’une recherche ».

Dès le moment ou j’écris ces lignes, je vois tous ces yeux rigolards et sceptiques. J’entends murmurer « Mais comment un type peut prétendre saisir la réalité ? Dès le moment où l’on remarque la présence de caméras, tout le monde fera son cinéma, jouera un rôle, fera semblant de se comporter normalement, alors que ce n’est pas le cas. »

Ne vous inquiétez pas, je me posais la même question. Il y a répondu: Dans l’une de ses réalisations, Brillante a eu l’idée de mettre des caméras dans un quartier. La vie passait paisiblement, traçait son sacré petit bonhomme de chemin. A l’ombre, la caméra vampirisait ces instants de réalité …

Et puis, à la question « Pourquoi utilisez-vous rarement les caméras sur rails ? » Brillante a répondu que « Le choix de la caméra dépend de ce que vous voulez exprimer. J’aime bien porter la caméra, ca me permet une plus grande liberté, plus de flexibilité ».

N’oublions pas cette donnée surprenante : Mendoza ne donne pas de scénario aux acteurs, jamais; Dans une quête de réalisme, il laisse à chaque acteur le soin d’improviser, d’exprimer ses ressentis, de laisser émerger sa spontanéité. Voici un exemple, qui est le trailer de son film « Lola »:

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Pour son film « Captive », auquel a participé l’actrice Isabelle Huppert, Mendoza a recruté de vrais soldats; Les réflexes, la manière de marcher, de parler, de se comporter, sont tous des éléments inimitables … Pour le plus grand dam des films soldatesques.

Voici le trailer de « Captive » :

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Notez également que Mendoza avait largué ses acteurs dans la jungle …. Sans les informer des moments où il y aura des tirs, des explosions, des effets spéciaux. Ce qui lui valut d’être qualifié de « Roi pour organiser le chaos » de la part d’Isabelle Huppert. C’est de cette manière que Mendoza ruse vis-à-vis de la réalité, pour en voler les beaux moments, les vrais.

Pour clore, nous citons Edgar Morin, qui a visionné le film « Thy Womb » de Mendoza et a dit « Le cinéma nous aide à reconquérir notre humanité; Regardez, par exemple, ce réalisateur Philippin. Je suis sûr que rares sont ceux qui connaissaient les Philippines avant. Il nous a fait découvrir des mœurs que nous ne connaissions pas, des habitudes dont nous n’avons jamais entendu parler. Chaque film nous aide à mieux connaitre le monde »

Masterclass avec Brillante Ma. Mendoza

Brillante Ma. Mendoza, à travers ses réalisations, nous aide à reconquérir notre humanité. Il nous expose les moeurs d’une communauté, les luttes d’une autre, les trivialités d’un quartier. Mais mettons à l’écart les communautés, resteront les joyaux universels : L’amour, la haine, la vie de tous les jours,etc. Autant de choses qui existent partout, seules diffèrent les manières de les vivre.

A la fin, Mendoza a répondu à la question fondamentale :

-Pourquoi filmez vous ?

« Il y a la vie, que je veux saisir. Et en la saisissant, je désire partager avec le monde mon humanité »