« Fhamtini Oula La » de Don Bigg, le décryptage

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  • mercredi 17 octobre 2012 à 17:00 GMT

C’est après une absence qui a duré plusieurs mois que Don bigg revient avec un nouveau single «Fhamtini Oula La » (Calembour fait à l’actuel chef du gouvernement ), qui cartonne déjà avec un nombre incroyable de vues sur Youtube entre autres. Ce single talonne son précédent qui avait fait polémique sur les réseaux sociaux ,« Mabghitch », où le rappeur s’insurgeait et réagissait aux changements de la scène politique Marocaine, aux temps de grandes pompes des mouvements de contestation.

Cette fois encore Don Bigg nous sort un texte tiré de l’actualité qu’a connue le Maroc ces derniers mois, en faisant un réel « coup de gueule » contre ce qui nous a tous choqués, émus, ou scandalisés.

Le rappeur commence assez cru, sans préliminaires, avec le flow qu’on lui connait déjà très bien, affirmant qu’il veut donner son avis, chose qu’il ne manque pas de faire dans la suite. C’est l’humour qui déborde dans les assises du parlement qui en prend à son compte en premier, alors que les larmes de plusieurs coulent à cause de la guerre des routes qui ne cesse de nous attrister, de Tichka à Salé. La violence de la répression est encore une fois évoquée, (répression dont souffre et que combat le mouvement-même qu’il avait critiqué sur son dernier single est-il utile de noter), avant d’aborder le sujet qui fâche dernièrement : l’éducation. Un baccalauréat sans valeur, un futur douteux dans les grandes écoles, et, clin d’œil aux taupins, un CNC qui fut mal corrigé.

Don Bigg passe ensuite aux prisons pleines à craquer, évoquant plusieurs cas de personnes emprisonnées sans raison claire, mais juste par des coups de filets comme les appellent si justement les médias. Sur une note plus comique, la fatwa de Zamzami apparaît elle aussi dans le palmarès des faits-divers qui ont marqué Bigg, aux cotés de la désormais tristement célèbre « Le prix des bananes n’a pas augmenté ». Un autre sujet qui se devait bien d’apparaître dans la liste de « Fhamtini Oula La » est celui de la mort de Amina Filali, Dieu ait son âme, qui avait donné fin à ses jours après avoir été mariée à son violeur. Don Bigg en vient par la suite aux sujets de la censure dans le milieu de l’art ainsi que le favoritisme dont bénéficie l’artiste étranger à la défaveur de l’artiste local. Le salaire astronomique de l’ex-entraîneur des Lions de l’Atlas et l’échec marocain aux jeux olympiques font office de page sport de cette rétrospective. Le couplet suivant passe en revue les problèmes de vétusté dans les anciennes médinas du Maroc, la misère dans les milieux ruraux, la pollution des eaux potables, et enfin le gouffre entre les classes sociales.

Dans l’ensemble, on apprécie  » Fhamtini Oula La « , quoiqu’il ne soit pas porteur de beaucoup de sens. En effet, faire l’éventail des faits divers marquants n’est pas vraiment un exploit, d’autant plus que l’on a connu Don Bigg plus inspiré. Toutefois, la subtilité avec laquelle il est passé d’un fait à l’autre, l’habileté des transitions, ce sentiment d’avoir revécu les évènements d’une assez longue période, et surtout l’intelligence dont il fait preuve en portant à chaque fois un jugement personnel aux faits, séduisent l’oreille et l’esprit. La production quant à elle est propre, le beat est assez agréable à l’oreille, et la guitare électrique qui l’accompagne, rappelant par ailleurs le solo auquel on a eu droit à la fin de « Mabghitch », est utilisée à très bon profit.

Que pensez-vous de « Fhamtini Oula la » ?

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