Festival du Film de Marrakech : « L’Attentat » de Ziad Doueiri fait briller son étoile d’or

Il est des thèmes difficiles à aborder en désinvolte. Il y’a des postures à respecter, des blessures à ne pas toucher, une lutte politique à laquelle ne pas prendre part. Comble du cabotinage : Il ne faut pas non plus survoler ces luttes; On vous fera atterrir de force.

Le plus complexe, c’est quand la politique se mêle de religion: Essayez de vous empêtrer de ce champs de bataille, on vous taxera de mécréant.

Ravalez votre sourire. On a scalpé les tendons à votre riposte: Vous serez traité de défroqué. Voici une péjoration qui n’augure pas de ciel bleu.

Je me demandais s’il est possible d’aborder ces thèmes sensibles, profondément politico-religieux, sans se faire moraliste, ou tomber dans l’Art Bohémien. Vous connaissez certainement cette forme douteuse d’Art, qui exhibe, pestifère, blesse, choque, provoque; Celle qui s’adresse aux bons vivants, trop bons pour avoir les pieds sur terre. Elle vous colle une claque Artistiquement correcte. La censure y répond, avec son petit lot de Politiquement (in)correct.

Je me demandais, j’y réfléchissais, et j’ai dû en rêver. Au fond, j’y crois; Je me suis réellement endormi et j’en ai rêvé. Je garde toujours ce sentiment de suspense, de coupure d’un monde onirique; J’étais appelé à de plus nobles tâches là bas. J’étais héros et vilain. Acteur et public. Le réveil m’a ravalé au rang des simples mortels, qui marchent pour le plaisir de marcher. Dans la même direction, par instinct grégaire et peur de la solitude.

J’ai été réveillé un Mercredi 5 Décembre, soit 16 jours avant la fin de l’auto-proclamé monde. C’était à cause d’un « Attentat ». « The Attack », selon la langue du brillant Shaykh Kebir (Shakespeare pour les Anglophones). Ici, je ferai un « Director’s Cut » de mes soliloques: La première partie n’était qu’une pâle publicité. Un teaser de mauvais goût, sensé vous accrocher pour ce qui est à venir.

J’ai un nom à vous citer. Ziad Doueiri. Ne vous inquiétez pas, si vous ne le connaissez pas: Vous ferez partie des privilégiés qui seront témoins de son essor. Dans un Français moins quintessencié : Vous serez des fans de la première heure.

Si vous faites partie des intéressés par le Festival du Film de Marrakech, je n’ai rien à vous apprendre : Zied Doueiri a raflé une Etoile d’Or bien méritée, avec son film « L’Attentat »,  interprétation du livre éponyme de Yasmina Khadra.

Des attentats, il y en a. Il faut juste choisir celui qui convient. Ziad a fait son choix, a joué sa carte : Il a rendu cet attentat sien. Il l’a subjectivé à souhait, et l’a présenté pour la Compétition du F.I.F.M. La suite, nous la connaissons: Il a remporté cette compétition.

Nous ne pouvons nous permettre de vous priver d’un grand plaisir : Celui de visionner ce film. Mais, la langue préfèrant déserter son palais, nous allons vous donner un synopsis galopant.

Amin Jaafari est un chirurgien d’origine Palestinienne. Vivant à Tel-Aviv, il a un profil gagnant : Une épouse adorable et aimante, des amis Juifs, une carrière réussie.

Le déclic : Un Attentat. Il a été appelé par la Police Israélienne après cet attentat. Mais ne vous inquiétez pas, Amin est innocent. Sa femme ne l’est pas: Elle a perpétré cet attentat suicide. En bon époux, il rejette toutes les accusations … Jusqu’à sa découverte d’une lettre posthume, rédigée par son épouse Sihem.

Zied Doueiri relève ce défi que je croyais impossible : Parler de Terrorisme sans s’ériger en apologiste, ni en détracteur. A travers la lutte d’Amin pour découvrir les sources du mal, ou du bien ayant emporté sa femme, à nul instant, nous ne voyons de moralisme. Zied s’en garde bien, et a réalisé son film avec les « Moyens de bord » : L’amour conjugal, la chute d’une prospérité dûment méritée, la recherche de la paix, autant de trivialités qui font la beauté d’une vie.

Ce film est à ne pas rater, assurément.