Femmes d’exception: Fatema El Mernissi

  • Etc 
  • lundi 30 novembre 2015 à 10:00 GMT

Hommage à la pensée d’abord, à la réflexion dans ses plus hauts niveaux de manifestation. Hommage à toutes les penseuses, et tant pis si ce mot sonne bizarre, tellement nous n’en faisons pas l’usage assez souvent. A qui l’erreur ? N’en parlons pas maintenant ! Hommage à toutes les femmes, peu nombreuses – par rapport aux hommes – qui, dans un monde se disant celui du progrès, ont pu percer leur chemin dans la sphère des idées. Leur mérite est par conséquent énorme. Que dire alors d’une femme issue d’une société, intellectuellement à la marge de l’humanité ? Trouvez l’adjectif je vous prie !

Fatima-Mernissi

Hommage à Fatema El Mernissi, à celle qui nous permet aujourd’hui de parler de femmes marocaines dans le milieu de la pensée.Contre un conservatisme étouffant et un traditionalisme qui condamnait, et condamne toujours bon nombre de femmes dans notre société, à un destin d’ignorance et d’obéissance, elle a su triompher. Née en 1940 à Fès, dans un Maroc encore sous « Protectorat » Français. Sa condition de naissance et d’éducation, lui a permis de poursuivre ses études jusqu’au plus haut niveau, dans une époque où l’éducation fondamentale, était un privilège pour ses concitoyennes.

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Photo par : Ruth V. Ward

Aujourd’hui, cette sociologue éminente joue avec finesse et équilibre entre le profil académique, et celui de l’écrivain indépendant qui donne libre cours à ses idées à travers sa plume. En français ou en anglais, ses écrits sont tantôt un voyage dans les charmes du passé et de la tradition (Rêves de femmes : une enfance au harem, Éditions Le Fennec, 1997), tantôt une décortication minutieuse des faits et aspects historiques et sociaux, relatifs à l’amour (L’amour dans les pays musulmans, édition Le Fennec Poche, 2007), à la situation de la femme et à l’Islam, (Le harem politique : le Prophète et les femmes, Albin Michel, 1987), le tout avec une maitrise exemplaire de la complexité des liens entre tous ces éléments, mais surtout avec une rigueur académique, qui hélas, fait défaut chez une bonne partie d’écrivains-chercheurs de la génération actuelle.

Malgré ses longues études à l’étranger, Fatema El Mernissi est loin d’être l’intellectuel arabe ou marocain, qui a tué une face de son esprit critique, en hypothéquant ses lumières au profit du modèle occidental. Militante pour les droits des femmes par l’acte aussi bien que par les mots, elle est l’une des rares penseurs qui, tout en critiquant le modèle de vie des femmes dans les sociétés arabo-musulmanes, n’ont pas omis de montrer les fissures qui traversent l’acception de la femme chez l’occident (Etes-vous vacciné contre le Harem?, édition le Fennec, 1998). Cet esprit modéré, et cette faculté de juger, cette sociologue en a eu possession. Notre unique regret, serait aujourd’hui qu’au crépuscule d’une génération, l’aube de la relève ne semble pas se présenter bientôt.

Article publié pour la première fois le 8 Mars 2013