Fatym Layachi « dit Non » !

  • Arts  - Scène
  • lundi 3 décembre 2012 à 00:41 GMT

Quelques jours après la sortie controversée du film « Femme écrite » dans lequel elle tient le rôle principal, Fatym Layachi nous surprend cette fois-ci en mettant en scène une pièce de théâtre intitulée « Je dis Non ». Si on la connaissait déjà comédienne  et femme engagée…cette touche-à-tout semble toujours être là où on ne l’attend pas !

300 invitations étaient mises à disposition en ligne, et ce gratuitement ! En trois jours l’évènement a fait le buzz sur les réseaux sociaux, inutile de préciser que les billets avaient tous disparu à quelques heures du spectacle…

Ce jeudi 29 novembre, au Complexe Culturel d’Anfa, l’ambiance était plutôt bonne enfant. A l’entrée, Fatym accueillait avec le sourire les invités venus assister à sa première représentation, avant de s’éclipser pour les derniers préparatifs.

20h40, ouverture des portes du petit théâtre du CCA. Pendant que les invités prenaient place, les acteurs étaient déjà sur scène et semblaient vaquer à leurs occupations sans se soucier de nous. Cette petite dérogation aux règles m’a fait d’emblée penser que cette pièce serait différente de tout ce que j’ai vu jusqu’alors. Intriguée, je me suis installée sans les quitter des yeux, examinant le décor dans lequel ils évoluaient :  un lit, des masques accrochés sur un mur, quelques objets disparates, un miroir avec un NON accroché au dessus, des portants de vêtements, un mannequin portant un masque à gaz etc. Une scénographie aux airs de loge d’artiste signée Zineb Andress Laraki.

Pendant 1h10, Fatym Layachi a tournicoté son fil rouge autour de l’idée de la Révolte et du refus, nous emportant dans un univers un brin décalé, parfois touchant mais toujours sincère. Elle a su mixer avec brio des textes de plusieurs grands écrivains et poètes, incarnés par deux acteurs pétillants  : Yacine Ait Ben et Clémence Labatut.

crédit photo: Hassan Ouazzani

C’est ainsi qu’aux mots de Victor Hugo, Prévert, Gibran, Baudelaire ou Vian, se succédaient sans fausse note des chansons de Cheb Khaled, Bowie ou Polnareff.

Du rire, de la musique, de la poésie, et un grain de rébellion… Un pari osé, mais ne faut-il pas du courage pour pouvoir dire NON ?

Sur le flyer distribué avant le début de la pièce, Layachi explique ainsi sa démarche : « L’envie de parler de la révolte peut être comparée à une envie de tout remettre en question, de tout brûler. D’y revenir après  peut être : mais de ne jamais accepter parce que « c’est comme ça ». Explorer le Non avant de dire Oui. Il faut tout parjurer, pour mieux respecter ensuite. Pour comprendre et s’approprier. Les auteurs que j’ai choisis ont pour point commun d’avoir mis en mots leur colère et d’avoir dit non à l’ordre établi. J’ai pris des extraits de leurs écrits en tentant d’explorer plusieurs facettes de la révolte. J’imagine que le théâtre soit le lieu où les interjections d’Hugo, les théories anarchistes de Mikael Bakounine, la haine des dévots de Omar Khayam, les appels à l’ivresse de Baudelaire et l’insolence romantique de Musset puissent raconter la même histoire. »

Le mot de la fin sera celui de Clémence, lorsqu’elle descend de la scène pour approcher les spectateurs : « Je vis dans un monde merdique, oui, mais je suis vivante et je n’ai pas peur » (réf. à Full Metal Jacket).

Une standing ovation s’ensuivra, saluant chaleureusement le talent de Fatym Layachi et encourageant cette nouvelle génération de marocains refusant le déterminisme !