Farah Chamma, l’interview : je souhaite avoir un rôle de conscience politique

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Transcendant la toile par un poème aussi poignant que juste, Farah Chamma dont nous vous parlions ici a accepté de se preter au jeu des questions-réponses pour Artisthick.

Artisthick :  Farah, tu as fait le buzz sur la toile et dans la rédaction, nous sommes fans de ton travail ! Raconte-nous un peu comment cela s’est passé ?

Farah Chamma : Tout a commencé avec le projet de « The FLEX » filmant plusieurs poètes d’Abu Dhabi. J’ai eu la chance d’y participer. La vidéo de mon poème « Comment dois-je croire ? » a d’abord été partagée sur Facebook par ma famille et mes amis. Puis, de plus en plus de personnes ont commencé à la partager. J’étais étonnée d’apprendre la semaine dernière que la vidéo a été vue par plus de 70 000 personnes.

A : Quand est-ce que tu as commencé à composer des poèmes ?

F.C : J’ai commencé à écrire à l’âge de 13 ans. Mais ma « vraie expérience » poétique s’est passée il y a trois ans, quand j’ai déclamé pour la première fois, un poème devant un grand public. Cela a eu lieu grâce à The Poeticians, qui est un cercle de poètes basé à Dubaï. Hind Shoufani, la fondatrice de ce groupe, m’a encouragée à continuer avec eux et les aventures poétiques n’ont pas cessé depuis ce moment !

A : Etudiante en sciences politiques et en droit, qu’est-ce que tu voudrais changer dans la scène politique d’aujourd’hui ?

F.C : Je ne souhaite pas avoir un rôle politique proprement dit, mais un rôle de conscience politique. Dans notre monde politiquement complexe et manipulé, c’est très difficile d’avoir une compréhension des événements politiques. C’est la raison pour laquelle beaucoup de jeunes comme moi sont très loin de comprendre la politique et ne peuvent pas se forger d’avis dans ce domaine. A travers la poésie, je souhaite partager les connaissances que j’acquiers en tant qu’étudiante en droit et sciences politiques et avoir un rôle positif dans l’encouragement des jeunes écrivains et penseurs.

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A : Tu nous récites ta lassitude vis-à-vis de la scène politique arabe, que proposes-tu pour changer la donne ?

Je souhaite transformer cette lassitude en une énergie positive, surtout chez les jeunes. Mon but n’est pas le « changement », mais l’action. Au lieu que les jeunes se lassent et ne fassent rien pour changer les choses, je souhaite les encourager à trouver refuge dans l’art et la poésie.

A : Tu ne crois plus en « eux », c’est-à-dire les politiciens d’aujourd’hui, qui crois-tu es capable de prendre la relève ?

F.C : Pour moi, la question est plus de savoir « comment » que « qui ». Tant qu’il y a un grand écart entre les politiciens et le peuple à cause de la malhonnêteté et l’hypocrisie, il faut reconnaître qu’il y a un problème. Il faut d’abord trouver une manière de bien informer les gens de ce qui est en train de se passer, quels que soient nos politiciens. Autrement dit, je souhaite que les partis les plus honnêtes prennent la relève, afin que les gens soient plus conscients de leurs opinions et choix politiques.

A : Penses-tu que l’art et la politique vont de pair ?

F.C : Je crois que tout dans la vie peut être transformé en art. Comme je l’ai déjà dit, il faut que notre participation à la vie politique soit une participation positive, visant la conscience politique et l’intellect politique.

A : Quand je te dis Maroc à quoi penses- tu ?

F.C : Je pense à un pays beau et culturellement riche. À la Sorbonne Abu Dhabi, j’ai eu la chance de rencontrer des Marocains et d’apprendre des choses sur la vie politique marocaine. Il semble que c’est un système intéressant à étudier et que les gens sont politiquement cultivés et impliqués.

A : Un petit mot pour les lecteurs d’Artisthick ?

F.C :Il faut remercier les lecteurs d’Artisthick de consacrer leur temps à lire un site culturel aussi riche que le votre.

Par Miryam Lahlali – Propos receuillis par Mehdi Mabrouk à Dubai.