Entretien avec Mohamed Amine Sbihi, ministre de la culture: « Nod T9ra », la jeunesse, l’industrie culturelle …

 

Désigné « Le Monsieur Culture » du gouvernement Benkirane,  Artistick est allé à la rencontre de Mohamed Amine Sbihi.  Le Ministre de la culture a répondu à nos questions avec enthousiasme, s’exprimant sur plusieurs sujets tels que l’initiative Nod T9ra, le rôle que joue la culture pour la jeunesse, l’instauration d’une industrie culturelle, ou encore les priorités de son département.

Artisthick: Que pensez-vous de l’initiative prise par le collectif  » Nod T9ra » et de la sensibilisation pour la lecture au Maroc ?


Mohamed Amine Sbihi: Toute initiative qui peut pousser les jeunes et moins jeunes à s’intéresser aux livres, à lire, à faire du livre un outil  d’enrichissement pour cultiver et développer leur sensibilité est salutaire. Ceci dit, de telles initiatives doivent être encadrées. Nous faisons en sorte que notre réseau de bibliothèques soit densifié et que, chaque ville puisse disposer d’une bibliothèque; ces espaces doivent être accueillants et adaptés aux besoins des jeunes et moins jeunes. Cela suppose également que les responsables de ces bibliothèques aient à cœur d’accueillir les lecteurs, ce sont autant de chantiers que nous avons ouverts dans le cadre d’un plan que nous sommes entrain de parfaire et qui est un plan national de lecture au Maroc.

 Artisthick: À Rabat, le succès de Nod T9ra n’était pas au rendez-vous, des policiers ont interdit à toute personne de se tenir sur la place prévue à cet effet, qui pourtant est publique et réputée pour abriter des évènements en tout genre, quel commentaire avez-vous à faire à ce sujet ?


M.A.S: Pour des raisons particulières, dont les manifestations qui se passent à Rabat tous les dimanches, ce rassemblement n’a pu avoir lieu. Il s’agit de réinstaller le Maroc dans la sérénité mais cela ne veut pas pour autant dire limiter le droit à la revendication qui est acquis et constitutionnel, tant que cette revendication se fait dans un cadre organisé et autorisé.

Nous ferons tout pour que de telles rencontres puissent dans le futur, se faire autant de fois qu’il le faut et permettre à tous, l’incitation à lire. Nod T9Ra est une manifestation citoyenne et la prochaine fois, nous serons partenaires pour enlever toutes interrogations sur la nature de ce genre de manifestation. Nous apporterons tout notre soutien tout en laissant à la société civile le rôle qu’elle a à jouer dans ce genre de manifestations.

A: Quel rôle peut jouer la culture dans l’éveil de la jeunesse au Maroc et dans le combat contre le chômage ? 

M.A.S: La culture porte des valeurs de citoyenneté et d’attachements à un pays. La culture, c’est que chacun sache dans quel pays il est, c’est connaitre ses civilisations et ses mœurs. On ne peut construire d’avenir si on ne connait pas son passé et si nous ne sommes pas attachés aux aspects positifs de ce passé. La culture, c’est aussi renforcer notre attachement à ce pays qu’est le Maroc, et construire ensemble ce Maroc de culture, de progrès social,  de liberté et de démocratie.

La culture peut contribuer au problème de l’emploi. Aujourd’hui, il y a énormément d’emplois liés à l’industrie de la culture et que nous ne maitrisons pas et pour lesquels il s’agit de donner un cadre et d’organiser. Ce sont des dizaines de milliers d’emplois au niveau national qui sont en jeu et malheureusement nos centres culturels sont sous encadrés, nos bibliothèques aussi et nos troupes de théâtre ont besoins d’être structurées. Aujourd’hui, c’est toute une palette de métiers qu’il s’agit d’organiser dans le cadre d’industries culturelles créatives.

A: Quelle serait l’importance d’une industrie culturelle au Maroc?

M.A.S: Le Maroc doit passer à ce stade supérieur des industries culturelles, ce qui suppose que nous ayons des sociétés de productions culturelles soumises à une fiscalité différente dans la mesure qu’elles produisent des biens culturels et artistiques et n’ont, de ce fait, pas à être soumises à une même réglementation fiscale. Il s’agit de mettre en place des agences qui soient le trait d’union entres artistes et sociétés de productions culturelles. Il s’agit aussi de mettre en place des structures d’accueil: Cinémas, studios d’enregistrements, bibliothèques … pour créer un vrai marché de la culture.

EN BREF :

Culture propre ou culture sale ?

Je ne connais ni culture propre ni culture sale, il n’y a que les Beaux-Arts. La culture est belle et porteuse de valeurs.

 Un film Marocain?

« Feha Lmalh w Sekar ou Ma Baghach Tmout » de Hakim Noury , qui pour moi est une fresque sociale magnifique. Depuis cela, il y eut une production annuelle de 15 à 20 films Marocains, certains de ces films sont de grandes qualités, mais je ne vais plus autant au cinéma et la conséquence est ma méconnaissance de ce cinéma marocain qui est certainement de qualité.

 Un livre marocain?

« Le pain Nu » de Mohamed Choukri reste une belle fresque de la société tangéroise avec un langage en avance sur son temps.

Une chanson Marocaine?

Belkhayat, Doukkali, et tous les autres sont des chanteurs magnifiques. Je ne ferais pas de préférences en choisissant l’un ou l’autre. Ma génération a vécu avec les chansons de ces grands interprètes et en tant que responsable de la culture au Maroc, je voudrais rendre hommage et souhaiterai que cette chanson marocaine regagne ses lettres de noblesse. Par ailleurs, je reste attentif au travail de la nouvelle scène marocaine.

Propos recueillis par Yacine Kaouti