Drones de Muse : un comeback à la hauteur?

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Muse a pu développer à travers les années une base très solide de fans de tout âge, de par leur musique intemporelle mais aussi la voix unique de Mathiew Bellamy. En effet, qui n’a pas été envoûté par Unintended, ou encore transporté dans une dance acharnée et frénétique avec Supermassive Black Hole? Cependant, depuis quelques années, notamment avec 2nd Law, le groupe commence à diviser plus qu’il ne fédère autour de sa musique. Muse commence à s’éloigner de son identité véritable pour se conformer aux usages actuels du domaine musical, résultant parfois en des morceaux décevants puisque commerciaux. Certains comprennent cette envie de réinvention et gardent foi en la virtuose qu’est Bellamy, d’autres sont bien moins sûrs de l’orientation et par conséquent de la pérennité du groupe. Depuis l’annonce fracassante de la production d’un 7ème album, les fidèles de Muse, habitués à des prestations vertigineuses, espèrent une reprise en main après 2nd Law, un album qui n’était tout simplement pas à la hauteur.

Drones a-t-il donc pu relever le défi? Il est à noter que le groupe avait annoncé que cet opus serait en fait un album-concept ayant pour thème principal l’aliénation et l’oppression régnant aujourd’hui, opérés par le système, et dont le but ultime serait l’endoctrinement de l’individu; les thèmes chouchous du groupe!

Artisthick a écouté pour vous l’album sorti officiellement en début de semaine  et vous en livre la track-by-track review.

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Dead Inside: Un morceau qui annonce la couleur: on s’attend donc à un album plus sombre, des morceaux plus simples mais aussi plus travaillés… Bref, un rendu concentré.

Il en ressort toutefois que le groupe n’en fait plus trop, Bellamy ne s’essaye plus à des combinaisons hasardeuses de sons, les solos font adhérer… Bref,le groupe est sur une bonne lancée.

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Psycho: Un riff plutôt classique, comparable à celui du célèbre Roadhouse Blues en guise d’introduction. Assez impressionnant puisque très bien travaillé en plus d’avoir cette griffe Muse partout dessus. Très énergétique, on commence à se dire enfin, Muse est de retour, ça s’annonce bien. Seulement, on se rend compte au fil du morceau que le son ne change pas et, arrivés à la troisième minute du track, on se sent déjà ennuyé, limite fatigué de la redondance du morceau. Insérer ça et là le Drill Seargent n’apporte pas grand chose ou si, peut être une petite pause bienvenue. Avec une aussi forte intro, on se serait attendu à un peu mieux pour la suite.

Mercy: Dès la première note musicale, j’ai réflexivement jeté un coup d’oeil furtif au titre du morceau, pour vérifier que c’était bien Mercy que je venais de commencer. Les deux titres sont bien différents, je vous l’accorde, puisqu’on a l’impression que Mercy est comme un sheap remake de Starlight, très bel intemporel du même groupe. La voix de Bellamy est comme toujours envoûtante, mais on ne peut pas se débarasser de cette impression insistante de déjà vu. D’ailleurs, l’on a vite fait envie d’arrêter Mercy pour écouter Starlight, pour ensuite enchaîner avec le reste de Black Holes and Revelations, l’un des meilleurs albums jamais produits.

Reapers: Certainement le meilleur morceau de l’album, où s’impose les capacités techniques indiscutables du trio. Tout y est parfait, authentique. Une basse magnifique, les inflexions de la voix de Bellamy sont plus présentes et plus convaincantes que jamais, mais surtout un chapeau bas pour les magnifiques solos de Wolstenholme qui impressionnent au plus haut degré. Un chef d’oeuvre très travaillé où on retrouve l’ingrédient manquant de Muse, mais qui ne fait que surligner la faiblesse relative du reste de l’album.

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The Handler: Ce qui caractérise ce morceau, c’est la façon avec laquelle Bellamy joue avec sa voix pour donner de l’intensité à l’ensemble, et empêcher l’auditeur d’être ennuyé. C’est un pur plaisir que de l’entendre chanter, il ne déçoit jamais. Seulement, les paroles gagneraient à être plus travaillées, on n’en peut plus des drones, des drones et des drones. The Handler est plus dense, moins frénétique mais plus sombre, ce qui lui confère une certaine maturité. On n’est plus sur le même niveau que Reapers, mais le morceau reste plutôt appréciable.

Defector: Un morceau moyen, où on a l’impression par moments d’écouter des burstouts de Bohemian Rhapsody, mais en moins bien. Bien moins bien. Bellamy qui jette des mots rebelles à tort et à travers et réussit à en faire toute une chanson n’est pas suffisant. L’idée du discours de JFK décontextualisé sur le communisme a par contre été une bonne idée puisqu’il donne une connotation plus sérieuse à l’ensemble.

Revolt: Encore heureux que le ridicule ne tue pas. Le point faible de l’album, le Black Hole, le talon d’Achille, la Déception. Un chorus qui nous fait  tomber des nues, qu’on souhaiterait oublier sitôt écouté. On a cette impression que Muse a fait place à une teenage rock band qui s’essaye à des fusions pop rock sans pour autant savoir ce qu’elle fait. Un morceau qui n’a absolument pas sa place dans cet album, puisqu’il fait chuter le niveau déjà moyen de l’ensemble de façon ahurissante.

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Aftermath: Après une petite pause à la Friends, le groupe se reprend en main avec Aftermath. On peut y trouver une ressemblance frappante avec One de U2, mais une fois dépassé ce goût de déjà vu, on y trouve vraiment goût. Certes les lyrics sont mornes puisque la chanson parle des séquelles de la guerre contre le système, mais elle transporte, elle berce, on l’écoute le sourire aux lèvres et le cœur serein.

The Globalist: Morceau qui se distingue par sa longueur inhabituelle de plus de dix minutes. On remarque l’envie de groupe de jouer avec les formats, allant dans l’album de quelques secondes seulement à d’interminables minutes. Mis à part ce fait, l’hommage à Ennio Morricone est un peu trop long. La partie instru est par contre fortement appréciée. Selon Muse, The Globalist vient compléter la célèbre Citizen Erased sortie en 2001, qui était, soit dit en passant, vraiment mémorable.

Drones: Ce n’est certainement pas un morceau que je mettrais sur ma playlist. Différent, bizarre, hors normes, n’empêche qu’il colle parfaitement avec l’esprit de l’album, puisque, semblable à une longue plainte et une lamentation infinie, le titre constitue la meilleure clôture pour l’album, symbolisant la fin dramatique d’un long combat d’un homme contre l’oppression. L’a cappella convient parfaitement à la voix aux diverses inflexions de Bellamy: en voilà un autre style auquel le groupe s’essaye!

Verdict? Reapers reste LE titre que l’on retient de Drones. Les hauts de l’album sont bien hauts, mais les bas sont encore plus bas. Il manque cette cohérence qualitative qu’on adore retrouver dans un album, mais le fait est que le groupe a réussit son pari: revenir vers leurs basiques, se contenter des instruments clés qui ont fait leur succès au lieu de se hasarder dans des combinaisons qui leur font perdre leur public original, celui qui a fait leur célébrité. L’album réussit d’ailleurs à mettre en exergue les capacités techniques du trio Muse, de la voix distinguée de Bellamy aux jeux de basse et de batterie grandement travaillés de Wolstenholm et Howard. Cependant, fait indéniable est que d’une part, cette impression de déjà vu qui persiste à chaque morceau devient agaçante et fait perdre à l’album sa distinction et sa personnalité, et d’autre part, la gloire de Muse est restée derrière le groupe avec les quatre premiers albums qui les ont fait connaitre au grand public, dont Black Holes and Revelations qui prend très largement la tête.

Mais de toutes les façons, qu’on aime ou qu’on déteste, qu’on consomme ou qu’on critique, les statistiques ne mentent pas: il paraît que Drones est en route pour être l’album le plus vite écoulé de l’année!