Deux temples de la culture : Le Grand Théâtre de Rabat et CasArts à Casablanca

  • Arts 
  • mercredi 19 décembre 2012 à 20:29 GMT

Le Maroc accueille chaque année une multitude d’évènements à vocation culturelle visant à promouvoir les arts et la connaissance et à divertir le grand nombre. Chaque année, sont aménagées dans les grandes villes marocaines des scènes éphémères, des espaces d’exposition démontables visant à accueillir ces événements dans l’absence quasi-totale de structures permanentes dédiées à la culture et capable d’accueillir des évènements d’envergure de manière régulière et non seulement épisodique. Dans le désir de palier à ce manque et à promouvoir la destination : Maroc au niveau international, deux projets de grand théâtre ont été lancés à Rabat et à Casablanca, le premier signé par la prêtresse de l’architecture dé-constructiviste : ZAHA HADID, et le second par un ténor de l’architecture contemporaine : CHRISTIAN DE PORTZAMPARC, en collaboration avec une figure incontournable de l’architecture au Maroc : RACHID ANDALOUSSI.

ZAHA HADID : Le Grand Théâtre de Rabat

Architecte dé-constructiviste irako-britannique, Zaha Hadid est la première femme à obtenir le Pritzker Price (équivalent du prix Nobel en architecture) et a une renommée internationale de part son style inimitable et ses conceptions futuristes et visionnaires dispersées partout dans le monde : de Pékin à Barcelone, en passant par Abu-Dhabi ou encore le Caire.

© Zaha Hadid

C’est sur la rive gauche du Bouregreg que Zaha Hadid implante le grand théâtre de Rabat sur une superficie de 47 000 m² dont 27 000 m² couverts, le projet comprend deux salles, l’une avec une capacité assise de 2050 places, 520 pour la seconde. Le théâtre comprendra également de nombreux studios de création et un amphithéâtre en plein air entièrement équipé avec une capacité de 7 000 places.

Zaha Hadid conçoit un théâtre doté d’une architecture ouverte sur le monde, audacieuse et aérienne, mêlant formes courbes et lignes arrondies inspirées de la forme des vagues,  s’inscrivant dans un désir d’harmonie avec le site de par sa connexion avec le fleuve du Bouregreg et de par son ouverture sur l’océan atlantique.

Le grand théâtre ressemblera à une sculpture fluide et dynamique qui « accompagnera les visiteurs dans une expérience visuelle sans interruptions de l’architecture au paysage ».

© Zaha Hadid

Le projet, quoique ambitieux et essentiel au développement de la vallée du Bouregreg et à la mise en valeur de la culture, suscite de nombreuses critiques de par son coût qui avoisinerait les 120 millions d’euros. Une somme faramineuse compte tenu des problèmes auxquels fait face l’agglomération en ce qui concerne la prolifération de l’habitat insalubre, la qualité des espaces publics ou les problèmes des réseaux de transport. Le choix du site d’insertion du projet poserait également problème pour certains. Le théâtre s’inscrira, en effet, dans un lieu à forte valeur patrimoniale, entre les médinas de Rabat (inscrite récemment au patrimoine mondial de l’UNESCO) et de Salé et faisant face à la Tour Hassan.

CHRISTIAN DE PORTZAMPARC et RACHID ANDALOUSSI : CasArts

Tous les deux natifs de Casablanca, le premier est architecte urbaniste, premier français lauréat du Pritzker Price, concepteur de la tour LVMH à New York ou encore de la cité de la musique à Paris, grand penseur de la ville, il a notamment beaucoup travaillé sur la problématique de la forme urbaine. Le second est, sans aucun doute, l’un des architectes les plus talentueux du Maroc. A son compte, de nombreux projets dont la fabuleuse bibliothèque nationale de Rabat ou encore la fondation de l’association Casamémoire visant à la sauvegarde du patrimoine de la capitale économique du pays. Les deux architectes ont travaillé ensemble afin de concevoir le grand théâtre de la ville de Casablanca.

Niché dans le prolongement de la place Mohammed V, CasArts s’étendra sur une superficie de 24 000 m², et comprendra une salle polyvalente d’environ 1800 places, une salle modulable de 600 places, des espaces de répétitions et de formation, des espaces d’expositions mais aussi un espace ouvert qui pourrait accueillir 15 000 personnes.

Les architectes optent pour une architecture fragmentaire et élégante en adéquation avec le site, basée sur la différence des hauteurs et sur le blanc pure s’inspirant de la ville de Casablanca. L’objectif de ce projet, d’après les concepteurs, est de doter la place d’une identité nouvelle à laquelle les casablancais pourraient s’identifier, et d’adoucir l’espace tout en respectant les bâtiments à l’architecture classique et austère qui entourent la place. Le projet vise aussi à réconcilier les casablancais avec leur centre ville et à combler le vide culturel actuel.

© Frans Parthesius

Un projet de cette envergure qui intervient dans un site à forte valeur patrimoniale, inscrit dans la mémoire collective, soulève naturellement le débat. Surtout qu’il est question de déplacer la fontaine lumineuse mythique du centre ville de Casablanca. Certains voient en cet acte une destruction de la mémoire de la ville  et une atteinte à son aura historique. Néanmoins, les concepteurs du projet s’en défendent et soulignent que la fontaine ne reprendra que l’emplacement qui lui avait été initialement prévu devant le palais de Justice, ce qui est historiquement exact vu que l’architecte Domenico Basciano l’avait placé à cet endroit là, lorsqu’il l’a imaginée en 1965.

Le grand théâtre de Rabat et le CasArts représentent deux bonnes nouvelles pour la culture au Maroc, néanmoins, le pays ne s’arrête pas à Casablanca ou à Rabat. Il est donc nécessaire de répandre des initiatives similaires à l’ensemble du territoire national et de faire profiter le plus grand nombre de l’accès à la culture, ce qui est au même titre que l’éducation ou la santé, UN DROIT inaliénable de tous les citoyens et une obligation.