Découvrez les premières images du film The End de Hicham Lasri

The End sera sans conteste le film événement de cette fin d’année. Présenté en janvier dernier lors du festival national du film de Tanger, le tout premier film de Hicham Lasri a été l’une des surprises du festival. Si certains ont crié au génie, d’autres ont préféré le dénigrement. Une chose est sûre, The End ne laisse personne indifférent: Un film en noir et blanc, sans musique, et avec le plus long plan séquence de l’histoire du cinéma marocain. La rédaction d’Artisthick a eu la chance de visionner le film en avant première avant sa sortie nationale en décembre prochain, et vous proposera tout au long des semaines qui viennent un focus spécial sur ce film très attendu. En exclusivité, découvrez les premières images de  The End agrémentées de commentaires de son réalisateur.

A propos du titre du film: The End


THE END est un titre qui s’est imposé à moi pour des raisons assez obscures. Mais aussi par évidence : le film raconte la fin d’une période, d’une époque et d’une monde. Et le titre m’est venu spontanément. Le film est basé sur mon ressenti d’enfant : un monde de fable, peuplé de gens  à la marge ou à la dérive, au milieu de bibelots des années 80. Je n’ai jamais aimé l’écriture Proustienne mais son Gimmick de la Madeleine m’a toujours fait saliver.

Il y a aussi la volonté de retrouver cette sorte de mélancolie qui accompagne chaque apparition de THE END à la fin des vieux films. Aujourd’hui presque personne n’a l’humilité de mettre « fin » quand le film touche à sa fin. On lance le générique et basta et quand ça arrive, on a l’impression que c’est naïf, mignon ou romantique.

Donc, au-delà de toute pseudo-réflexion extratextuelle,  le film s’appelle THE END parce qu’il raconte la fin du monde.

Le sanguinaire Naim alias Pitbull El Makhzen, joué par un Ismail Aboulkanater magistral.

Les points forts de The End

Les points forts, je ne sais pas. Mais mon intention de départ était d’écrire et de mettre en scène le récit d’un déclassé qui aspire à l’élévation dans un monde qui se désagrège, se démantèle et vole en éclat par entropie. Je voulais imprimer une ambiance particulière, distiller une atmosphère de fable en utilisant le manque de couleur comme un écrin, un outil de distanciation. Et puis… ma volonté d’affronter le récit cinématographique en évitant la facilité du dialogue explicatif représente pour moi un défi créatif important. Je voulais utiliser le dialogue comme un bruit de fond, un vent qui sort de la bouche des personnages, le gargouillis des ventres affamés de mes personnages afin de construire une réflexion de cinéma par les moyens du cinéma.

L’absence de musique dans le film


L’absence de la musique, ou du scoring était la décision la plus délicate à prendre, pendant très longtemps,avec ma productrice Lamia Chraïbi, il y avait une crainte que le film soit dévitalisé par ce silence qu’on impose. La vérité c’est que la musique dans les films me gênent, c’est un outil trop facile pour appuyer des intentions qu’on n’arrive pas à imprimer à travers les images, la réflexion ou le jeu de comédien. John Carpenter appelait cet usage de la musique de film « Mickey Mousing » : les violons sont là pour souligner les émotions, et John Williams pour porter l’action ou créer le suspense…

Cette absence de musique dans le film, au lieu de me poser problème, m’a permis de me libérer et de trouver le plus d’idées pour imprimer un rythme qui n’est pas musical, d’écouter plus attentivement le pouls de mon film lors du tournage avec Maxime Alexandre mon DOP, au montage avec Julien Fouré et au son avec Patrice Mendes.  A ce niveau, notre collaboration a été très importante dans la mesure où dès le départ, je ne me suis pas donné le choix.

Le problème de beaucoup de premiers films, c’est qu’ils sont cafouilleux, regorgeant d’obsessions de leurs auteurs. Je voulais éviter de tomber dans le panier de cette maladresse – faire le film narratif le plus limpide, le plus efficace et le plus personnel. J’avais envie d’éviter les autres formes d’expression : le théâtre, la musique, la couleur, la littérature, la couture en sous-découpant le film…

Pour la première fois, je construis mon film par érosion, en me privant d’un maximum d’artifice. Ceci dit : le film reste très baroque malgré mes prétentions de soufisme.

Synopsis: Juin 1999, C’est une fable sur Mikhi (M’key), un poseur de sabot à Casablanca qui tombe amoureux de Rita, la sœur psychologiquement fragile d’une fratrie de voleurs de voitures et comment il va tout essayer pour que leur histoire d’amour aboutisse… M’key est le protégé de Daoud, le commissaire de police dont le surnom est « le pit-bull du système » et qui a été responsable de la torture et du meurtre, les années d’avant, du père de Rita.