Découverte : Pèlerinage en décalage, le premier festival artistique israelo-palestinien

  • Arts 
  • mardi 21 avril 2015 à 12:57 GMT

10959609_788365574571459_2084347139097189044_n

Israël et Palestine. Inès et Kenza.
Deux Territoires. Deux filles.
Un conflit. Un projet.

On pourrait résumer en haïku l’histoire d’un festival pas comme les autres, dont le thème tourne autour de deux nations, deux cultures, deux peuples, en perpétuelle opposition. L’idée étant d’outrepasser le politique pour embrasser le culturel, l’art. Comment peut-on dissocier Israël et Palestine des mots « conflit » ou « litige » dans notre inconscient collectif ? Une idée quelque peu farfelue quand on connaît les destins intrinsèques de ces deux patries, graves et tragiques.

647813-photo_ines_kenza

Deux peuples. Un conflit. Deux filles. Un projet.

Bien qu’invraisemblable, Kenza Aloui et Inès Weill-Rochant, deux jeunes diplômées de Sciences Po Paris ont décidé de donner vie à cette idée. A travers un festival. Un festival où l’art sous toutes ses formes, transcenderait la résistance, enchanterait les curieux, avides de créativité, de reconnaissance et de générosité, et surtout donnerait un nouveau sens à un conflit qui a duré plus de 67 ans. A travers le talent et le partage.

Kenza et Inès ont imaginé ça comme un voyage. Un pèlerinage décalé. Entre projections et concerts, les langues se délient, les musiques fusionnent, les saveurs se mélangent. Et les préjugés se volatilisent. Un week-end pour ressouder les liens, se rencontrer, échanger, et revoir un sujet qui nous déchire sous d’autres lumières. En l’occurrence, celles de la Bellevilloise à Paris où se tient l’évènement. Mais également avec un nouveau regard : combien même le sujet reste sempiternel, il est réel, et en discuter autrement qu’à travers des représailles est une initiative louable.

L’intérêt que les deux organisatrices portent pour cette terre a germé dans leurs propres vécus et expériences personnelles, et a engendré un festival culturel qui donne à voir cette dernière sous un autre angle. L’une française et juive, l’autre marocaine et musulmane, leurs points en commun se trouvent dans leurs valeurs riches et plurielles, dans leurs bagages culturels et cette envie, partagée, d’un monde conscient. Eveiller les consciences à travers un festival qui ferait connaitre et brasserait des cultures jusque-là dissemblables, créerait un terrain d’entente pour deux peuples à priori incapables de s’écouter. Deux cultures plus riches l’une que l’autre, que les deux amies ont appris à connaitre, à apprécier et à aimer, et qu’elles voudraient exposer au reste du monde à travers un regard singulier, le leur.

Un festival engagé, non pas politiquement, mais culturellement. Un festival indépendant où on ne cherche pas à mêler la diplomatie ni à répéter des discours de politiciens redondants. Il n’y a pas de jeu de forces ni de suprématie. Le but est ailleurs. La démarche est autre. Créer un voyage pour toutes ces personnes incapables d’aller sur place, incapables de porter un regard différent sur la situation géopolitique de cette région, ou tout simplement curieuses d’écouter de nouvelles voix sur le sujet, de nouvelles façons d’exprimer cette (més-)entente. Car oui, au final, quelle ne serait pas la richesse créée d’une certaine connivence entre ces deux cultures, que tout oppose et qui pourtant sont si proches. Un voyage à la recherche du sens et des valeurs partagées.

L’idée est simple mais pas naïve. Le concept novateur pour un sujet itératif. La démarche audacieuse. Le festival, dans sa deuxième édition gagne à être connu. Et reconnu. Kenza et Inès, comme nous tous, n’ont pas la naïveté de croire que le temps d’un état unique, un état de paix, est arrivé ; mais à travers leur initiative, elles tentent de hâter celui des emprunts, des coexistences fragiles et des métissages culturels. Une prise de risque digne et honorable.

Les 13 et 14 Juin à la Belleviloise à Paris