Das Kapital, Guilia Valle et Saîd Chraibi bercent les tympans mélomanes de Chellah

Crédit: Mohammed Chamali

Artistes allemands, hispanophones et marocains se déchaînent sur la scène de Chellah en cette soirée du samedi 16 Juin.

Les festivaliers ont eu droit dans une première partie du spectacle à du jazz militant. Das Kapital rend hommage à l’œuvre grandiose du célèbre Hannz Eisler, se mêlant ainsi à l’univers du compositeur allemand ; un musicien engagé qui fuit le régime nazi pour se réfugier aux États-Unis où il commence à composer pour Hollywood, avant d’être persécuté par le maccarthysme et retourner à Berlin-Est où il finit le restant de ses jours, s’imposant comme une véritable icône de l’art.

Crédit: Mohammed Chamali

Nous sommes d’emblée transportés par une musicalité impressionnante retraçant l’œuvre de Hannz mais rééditée de manière à ce qu’elle en dise beaucoup plus à nos artistes. Les trois musiciens arrivent tant bien que mal à créer un univers envoûtant  où se laisse choir une véritable cohérence esthétique. Un jeu de maître de la part du guitariste œcuménique qu’est Hasse Poulsen, accompagné des coups de bâton d’une immense subtilité du batteur Edward Perraud. Le tout incroyablement associé au jeu du saxophoniste Daniel Erdmann, faisant ainsi vibrer les remparts de Chellah en variations rythmiques et mélodiques.

La soirée se poursuit ensuite avec l’avènement de la contrebassiste catalane Guilia Valle, qui surprend le public par son extraordinaire force mélodique, en embrassant avec virtuosité les méandres de l’esprit de jazz contemporain. Jouant son quintet « Fresh Sound », elle fait preuve d’une vivacité d’esprit exceptionnelle qui lui permet de transmettre toute l’énergie de son jeu aux festivaliers dotés d’acuité auditive. Un jazz aérien, fluide et débordant de génie, qui s’exprime en montée et descente de notes et en jonglage de contre temps.

Et ça n’étonne personne, car cette habituée des grandes scènes a côtoyé les grands hommes (Bill McHenry, Ben Waltzer…) et c’est une fois encore que sa musique sera combinée au jeu onirique du l’artiste de renommée Saîd Chraibi, l’un des plus grands luthistes marocains mais aussi un vieil habitué du festival.

Crédit: Mohammed Chamali

Des relents de tradition culturelle marocaine, des effluves arabo-andalous parcourent les morceaux. Le spectre idiomatique du jazz moderne et des musiques expérimentales contemporaines crient sous le ciel Rbati. Un mélange de cultures folkloriques, un amalgame de sonorités qui laisse plus d’un mélomane pantois.

Et c’est toujours après un « Oh » contrarié du public, que ces talentueux artistes quittent la scène, après avoir bercé les tympans médusés des festivaliers sur un dernier morceau choisi.