Court Métrage: Ça Tourne … dans le vide

  • Cinéma 
  • vendredi 4 janvier 2013 à 21:57 GMT

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Le titre du film de Mohammed Mounna « Ça Tourne » l’annonce comme un film qui va parler de cinéma. Au début du film, la réplique extra-diégétique: « silence, ça tourne! », nous fait ainsi penser au dispositif cinématographique et nous laisse encore une fois entendre que dans ce film  »nous allons penser le cinéma  ».

Seulement, après ces premiers plans, le film se détourne de l’intention qu’il annonce au départ pour nous présenter une multitude de personnages qui représentent chacun un fléau social. Un personnage, puis un autre, puis encore un autre, une énumération de phénomènes sociaux aussi connus et évidents que la prostitution, la pauvreté …

Oui, la prostitution et la pauvreté existent au Maroc. L’hypocrisie sociale aussi, la drogue, les pseudo-musulmans qui vous font la morale alors que leur comportement n’est pas plus louable que le vôtre, les petites coquines qui se cachent sous un voile puritain, le vol, la violence… Mais à quoi bon en faire le listing dans un film s’il est plus simple de le faire en quelques lignes comme je viens de le faire ici ? Surtout dans un film qui se dit être un film sur le cinéma?

Une question s’est imposée à moi: Quel intérêt le jury de la 3ème édition du Festival du Court Métrage Marocain de Rabat (qui s’est tenu entre le 13 et le 18 novembre dernier) a-t-il trouvé à ce film? Un festival de ce genre ne devrait-il pas plutôt encourager la créativité, la nouveauté, ou que sais-je? La jeunesse, la prise de risque … plutôt que des films qui répètent ce qu’on sait déjà, ce qu’on peut facilement voir sur les chaines de TV nationales ou ce qu’on peut entendre autour d’un berrad d’atay sur n’importe quelle terrasse de café.

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Pire encore, le film ne fait pas que se complaire dans le conformisme sans intérêt, il se permet en plus de se porter juge en utilisant cette voix-off désagréable, sournoise et moqueuse qui pointe du doigt et juge tous les personnages et toutes les situations de son point de vue surplombant et omnipotent. Le spectateur est obligé de croire la voix-off sur parole puisqu’elle est la seule source d’information dont il dispose et le seul lien qu’il peut avoir avec les différents personnages. Grâce (ou à cause) de cet intermédiaire, la distance entre le spectateur et les personnages est créée, il n’a aucune empathie pour eux et prend facilement le parti de cette voix-off, sans se poser de questions sur la véracité des propos de cette dernière.

Scène finale, la fiction est rompue et on nous fait passer de l’autre côté de la caméra. Nous nous retrouvons dans le tournage de la fiction que nous suivions. La voix-off qui faisait pourtant partie de la fiction continue à commenter le tournage, brouillant ainsi les limites entre fiction et réalité. Le dispositif cinéma est encore une fois rappelé, la distanciation encore une fois créée, mais dans quel intérêt? Une idée faussement originale, une énième piste énoncée n’ayant pas mérité, selon le réalisateur, un développement plus profond.

Dans sa forme et dans son fond, donc, le film ne fait qu’énoncer, commencer, introduire. Mais ceci n’est pas le plus gênant, car introduire un questionnement et mettre le spectateur dans la situation inconfortable du doute pourrait être un objectif louable d’une œuvre d’art. Le plus irritant c’est cette prétention qu’a le film de répondre à ces questionnements sans jamais le faire vraiment; de représenter toute la complexité de la société marocaine en passant par la facilité du préjugé et du cliché; d’imposer au spectateur un point de vue figé, sans introduire le moindre doute, le confortant ainsi dans sa passivité habituelle.

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