Coup de coeur : Les Cerfs-volants de Kaboul de Khaled Hosseini

  • Livre 
  • mardi 7 février 2012 à 20:34 GMT

 

Certains auteurs n’ont pas besoin de noircir des centaines de pages pour raffiner leur écriture. Khaled Hosseini en fait partie. Dès son premier roman, l’auteur fait preuve d’un parfait maniement de la plume, usant d’un style poignant, bouleversant même, au point que l’on se demande parfois s’il n’est pas arrivé à nous faire croire qu’on se trouve bien en Afghanistan, et nulle part ailleurs.
« Les Cerfs-Volants de Kaboul » se veut être un parfait témoignage historique des années 70 à nos jours en Afghanistan. Pourtant, à la différence de la plupart de ses pairs qui n’inspireraient que l’ennui, Hosseini y verse une intrigue prenante qui engage le lecteur à partir des premières pages.

Amir est fils d’un riche commerçant Pachtoun tandis qu’Hassan est un Hazara chiite. Pourtant, entre les deux se tisse une amitié puissante en dépit des origines d’Hassan, car être Hazara en un Afghanistan des 70 signifie être en butte au préjugés et subir le joug du système de caste. C’est pour cette raison que Hassan occupe le statut de serviteur d’Amir et lui témoigne une indéfectible loyauté. Pourtant, cette amitié se brise alors que sous les yeux de notre héros pachtoune, Hassan est victime d’une horrible cruauté. Et par le plus grand des malheurs, Amir fera preuve de lâcheté envers son seul ami en profitant de l’occasion pour être la cause de son départ.
Peu de temps après, en 1981, les russes envahiront l’Afghanistan et notre héros sera obligé de quitter le pays vers les Etats-Unis. Seulement, en 2001, Amir reçoit un appel de l’Afghanistan dès lors occupée par les Talibans. « Il existe un moyen de te racheter ».
Débute alors un voyage éprouvant pour notre héros qui devra affronter son passé encore une fois. Toutefois, il existe un prix à payer…. mais je vous laisse le découvrir par vous-mêmes.

A travers cette fresque historique, Khaled Hosseini nous dépeint une société longtemps enfouie sous des chapes de silence. Il nous fait connaître l’histoire de son pays d’avant le coup d’Etat, puis nous dresse un tableau d’un Afghanistan sanglant après l’arrivée de l’armée russe, et finalement, nous laisse le cœur serré à la vue des actes inhumains et tueries qui accompagnent le règne des Talibans rendus maîtres du pays. Afghanistan a sans doute été un théâtre de sang et de carnage, meurtrie par les guerres et surtout par le fanatisme religieux. Ce roman ouvre les yeux sur des faits manquant ardemment de profondeur lorsqu’il s’agit de les exposer en réalité. Car l’auteur n’a aucune intention de cacher la misère de ses semblables. Il remet également en question les différentes interprétations de la religion musulmane de la part des afghans : l’on est d’ailleurs surpris de constater à quel point les opinions peuvent diverger, en l’occurrence, sur les versets coranique.

Extrait:

« – Les mollahs a l’école disent que c’est un péché de boire, que les buveurs paieront le jour du Jugement dernier.
– Si Dieu existe, alors j’espère qu’il a mieux à faire que de s’occuper de savoir si je mange du porc ou si je bois. Veux-tu savoir ce que ton père pense du péché?
– Oui.
– Alors je vais te le dire. Mais d’abord, comprends ceci tout de suite: Tu n’apprendras jamais rien de ces idiots barbus.
– Tu veux dire, des mollahs?
– Je pisse sur la barbe de ces singes bien-pensants. Ils ne font que prier avec leur collier et réciter un livre écrit dans une langue qu’ils ne comprennent même pas. »

Entre suspens et angoisse perpétuelle, l’histoire ne laisse pas de répit au souffle du lecteur. Il m’est arrivé d’engloutir le roman en trois jours et je m’en trouvais bien triste à la fin. Le regret de ne pas avoir  ralenti ma course vers la fin continue à me mordre mon âme lectrice, car j’aurai très bien pu m’attarder sur chaque phrase pour qu’elle fasse écho dans ma tête.
En tournant la dernière page, un sentiment de tristesse m’envahit, autant sous l’effet de la tournure de l’intrigue que du sevrage.
Je regarde aux alentours. Je suis bien au Maroc, loin de toutes ces cruautés afghanes.
Je relâche enfin mon souffle.