Chronique d’un Androïde: Duel de banjos

  • Etc 
  • lundi 2 avril 2012 à 19:09 GMT

– Outro –

Je suis dans un coffre ou dans le ventre de ma mère.
Je sors prendre l’air ou du ventre de ma mère.
Il fait froid, je rentre dans le mur ou dans la tombe…

-1-

L’androïde ouvre les yeux. La sueur lui pique les yeux. C’est un cauchemar
sémantique. Il en sort exténué.
Il est très tôt, 10h30…
Le soleil caresse ses cils et assèche ses gouttelettes de sueur et de larmes.

Quelque part, une télé s’éteint créant une dépressurisation sonore.

Puis une assourdissante musique démarre et sature l’air avant d’être éteinte :
L’androïde répète les paroles de la chanson : «  pourquoi tu n’écoutes pas Fatna
Bent Lhoucine… ? »

L’Androïde connaît l’artiste, connaît l’artiste qui chante sur l’artiste et connaît même
l’origine de la réplique : le juge Fayot face à des musiciens accusé.

«  – Pourquoi tu n’écoutes pas fatna Bent Lhoucine ? »

La même ligne est reprise en chœur par des supporters du foot.

«  – Je ne sais pas pourquoi je n’écoute pas Fatna bent Lhoucine ! » Répète
l’Androïde face à son miroir avant d’abandonner de se brosser les dents, les
cheveux.

Il ne s’est jamais posé la question.
Peut-être parce que Fatna Bent Lhoucine ne passe jamais à la télé ?
Ni à la Radio…?
Qu’on ne vend pas ses disques sur I-Tunes® ?
Que Méditel® ne soutient que les produits américains ?
Parce qu’elle ne fait pas de remix Dance qu’on passe en boite de nuit ?

– II-

L’Androïde est de mauvais poil. Il a envie de taper sur quelqu’un.

 » Tout ce qui est dit est perdu!  » écrivait David Mamet.

«  – Pourquoi tu n’écoutes pas Fatna Bent Lhoucine ? »
A quoi ça sert de vouloir répondre à une question rhétorique ?

Face à son reflet, l’Androïde ressasse :
«  – Pourquoi, j’ai laissé le déluge nous emporter ?
Parce que je faisais l’autruche chaque fois que je voyais un peu de sable.
Je souriais, la poussière tombe de mes rides.
J’avais un espoir : ne pas être atteint.
Ne pas disparaître… »

Comme tous les autres androïdes, il avait un seul espoir qu’il a fini par formuler en
lettres de feu dans sa tête :

«  – Sur un malentendu, ça pourrait marcher ! »

Chaque fois que je marche et je me heurte à ces affiches stupides d’une femme
aux joues rouges et vertes qui fait la prière pour vendre de la téléphonie mobile en
encourageant une équipe de foot, je me dit que la fin est proche.
Une femme qui fait la prière. Une image de désespoir mystique. Il lui manque
probablement un foulard sur la tête ?
Ah, c’est pour le foot ! my bad !

Alors à quoi servira d’écouter Fatna Bent Lhoucine ?

– Intro –


Je suis dans un ascenseur social ou dans le ventre de ma mère.
Je sors prendre l’air ou du ventre de ma mère.
Il fait froid, je rentre dans le mur ou dans la tombe…
On appelle ça : une extinction !
De lumière.
De race…
De genre.
C’est de ma faute :
«  – Pourquoi je n’ai pas eu la clairvoyance d’écouter Fatna Bent Lhoucine ? »

L’Androïde écarquille les yeux. Une épiphanie. Il vient de réaliser que c’est trop tard
pour écouter qui que ce soit.

Je vais essayer de ne pas me faire violer, ce n’est pas le bon moment.

Avant d’enregistrer mon texte, le monde s’éteint.