Chronique d’un Androïde: Dans l’espace personne ne vous entend crier !

  • Etc 
  • lundi 19 mars 2012 à 21:08 GMT

– I –

Chaque jour, je me réveille avec l’impression d’être passé à côté de ma vie. Une impression tenace, persistante, qui prend aux tripes comme l’odeur de ces chaussettes portées trop longtemps.

J’ai été dressé en tant qu’homme moderne à me lever, m’étirer, faire quelques mouvements pour donner l’impression de faire du sport, je me brosse les dents, met du gel sur mes cheveux et m’habille en essayant d’assortir négligemment ma tenue. En résumé ça donne : chaussure Nike® avec des chaussette de la même marque. Sur ma Swatch™, il est 07 : 33. On est au Maroc, il fait bizarrement froid.

Ma première action productive de la journée ? Tirer la chasse d’eau.

Mon 2e réflexe est d’allumer tous les écrans autour de moi : en ouvrant ma page Facebook® je réalise qu’il y a des gens qui veulent dire « OUI » d’autres qui défendent farouchement le « NON », une pluie torrentielle de dates s’abat sur moi : le 20 février, le 9 Mars. Tout le monde semble s’agiter en essayant de donner l’impression que ça bouge.

« Les opinions sont comme les trous de culs, tout le monde en a ! » disait Tyler Durden ou Coluche. De son côté, John Wayne a dit « C’est mon steak Valance ! » mais la dernière réplique semble moins spirituelle – une digression inutile. J’efface la citation de John Wayne, pour poursuivre sur ma lancée sur les trous de culs…

Perché derrière mon MAC®, je regarde le monde se déchirer pour affirmer une opinion, être pour ou contre quelque chose (Raja ou Wydad, Constitution pas constitution, voile pas voile) la liste des doléances est longue. Mais les arguments tournent court. Rapidement les gens finissent par s’insulter et se  traiter de tous les noms dans les commentaires Facebookiens, tant le sens du débat est absent.

Le monde a toujours tendu vers le fascisme. Et la composante essentielle du fascisme est l’ignorance. Au milieu d’un maelström de Smileys et de Pokes, peu de gens arrivent à affirmer autre chose  que des problèmes d’expression écrite et de syntaxe.

Tout le monde se retrouve à faire des fresques minimalistes sur les murs des cavernes virtuelles. Ça sent la fin de l’histoire !

La fin de l’histoire est un livre de Francis Fukuyama que je n’ai jamais réussi à terminer.

La fin du monde n’est pas un film d’auteur mais un Blockbuster. Mickael Bay fait des échauffements depuis 15 ans pour le réaliser. Ça va être plus dévastateur et décérébré que Transformers 5. Le pitch du film ? Un mec va tirer la chasse d’eau !

– II –

 

Je suis dans un faux Starbucks, à boire du mauvais Café Latte Grande, l’entrée est gardée par un vigile moustachu et paumé qui contemple le monde avec ses yeux vitreux et porte sur ses épaulettes le logo TOP GUN® – on appelle ça « la culture de l’ersatz ». Mon MAC®, je l’ai acheté à FNAG™ et il était en panne. Le monde autour de nous ressemble à une mauvaise rétro-projection. On est obligé d’avaler des médicaments génériques contre les fausses migraines. Entre le faux Starbucks, Haj MacDo, et le FNAG, les faux flics, la ville est un théâtre d’ombres.

Au milieu de toutes ces fausses franchises, fausses démarques, fausses identités,  on vit dans un monde contrefait, probablement made in china.

Je me rappelle un extrait d’un comics Matrix™ : « C’est toujours pareil, le jour se transforme en sommeil qui se transforme en rêve qui se transforme en cauchemars qui se transforme à nouveau en réalité. Et me voilà aujourd’hui le même qu’hier et le même que le jour qui va suivre »

Qui a envie de dire oui ou non ?

Qui a envie de laisser des smileys® sur son sillage ?

C’est quoi la différence entre les traces de pneus sur l’asphalte de Casa et les traces de pneus des sous-vêtement mal lavés de mes voisines ?

La nausée n’est pas seulement un texte de Sartre. Quel terrible manque de culture que se positionner comme un « citationniste ».

On est tous les ersatz de la pensée stérile du 20ème siècle. On fait des guerres pour le pétrole au nom de la démocratie et on s’improvise intellectuel car on arrive à lire et à écrire.

Je souris en me relisant.

« Les opinions sont comme les trous de cul… »

Quelqu’un finira par tirer la chasse. Je disais.

– III –

Pour me laver le cerveau, je m’injecte une dose massive de deux chefs-d’œuvres cinématographique définitifs sur la débilité : je regarde Zoolander, l’histoire d’un super model qui ne peut pas tourner à gauche et qui devient un pion dans un complot préparé par les hautes instances de la couture pour tuer un ministre malaisien qui obstrue le bon fonctionnement de la mode en empêchant le travail des enfants.

Puis l’ultime film sur la débilité : Idiocracy , l’histoire d’un soldat débile et qui devient l’homme le plus intelligent dans un futur où tout les QI ont sévèrement chuté.

Je ris jaune.

Je tire la chasse sur mon cerveau et je fini par dormir.

Demain, comme chaque jour, je vais me réveiller avec l’impression d’être passé à côté de ma vie. Une impression tenace, persistante, qui prendra aux tripes comme ces chaussettes portées trop longtemps.

Je m’étire.

Me lave les dents.

Et je tire la chasse.

La batterie de mon MAC me lâche.

Je n’ai pas enregistré mon texte.

shit !