Chronique d’un Androïde : ce n’est pas du sang, juste du rouge

  • Etc 
  • lundi 12 mars 2012 à 01:28 GMT

I

Marcher à Casablanca, voilà une activité dangereuse pour l’arpenteur des ruelles lumineuses de cette ville virginale. L’Androïde Moyen qui refuse d’avoir un permis de conduire et de posséder une voiture à 120 000 Kopecks (on ne peut pas acheter l’Aston Martin du vieux James Bond avec ce prix, Ni K2000, ni même une DeLorean) ne peut pas se permettre de marcher avec insouciance dans les rues paisibles de la ville.

L’androïde est obligé de slalomer entre les gens qui ne savent pas conduire.
Ceux qui pensent savoir conduire…
Les frustrés du klaxon.
Les malins du créneau de parking…
Ceux qui s’arrêtent pour accoster toutes les nénettes qui attendent un taxi.
La Mama qui ne sait pas se garer.
Le gros qui s’arrête sur le passage piéton pour mettre des sous dans l’horodateur.
Les taxis rouges et blancs qui s’esquivent comme des globules rouges et blancs dans les artères bouchées de la ville…

C’est une chorégraphie infernale qui prend une dimension biblique/coranique dans les coins où un tramway aussi futuriste que décoratif serpente la ville.

Pour survivre, le zombie moyen peut s’acheter une vespa ou une bicyclette, mais pourquoi prendre le risque de se faire écrabouiller par une 4L décapotable de couleur jaune poussin.

Marcher dans Casa est un sport dangereux.
La course de la mort de l’an 2000 est un navet produit par Roger Corman où Stallone joue le rôle du méchant.
Les voitures qui ont mangé Paris est un autre film, d’un autre calibre et d’un autre continent.

A Casa, on n’a pas les routes pour faire une vraie course de la mort, et ce n’est pas des voitures économiques qui risquent de manger Casablanca.

J’enregistre le dernier paragraphe.

Je me gratte la tête pour stimuler le cortex.
Mes synapses produisent quelques bribes d’idées :

Une épiphanie : Casablanca doit être la seule ville au monde où personne ne semble comprendre l’utilité d’avoir des trottoirs. A part les petits malins en charge du budget de la ville qui trouvent le moyen de refaire deux fois par an les routes et les chaussées de la ville…

Comment faire pour marcher ?
Pour ne pas prendre de risque inutile, j’ai décidé de rester chez moi.
Et pour paraphraser mon pote John Wayne Gacy, je déclare au reste de l’humanité : « Kiss My Ass ! »

II

Autre époque autres routes.
Mais n’empêche, toutes les routes virtuelles mènent à Rome.
Alors, comme les autres Androïdes, je passe un fois par jour par mon MAC™ et je termine sur l’unique réseau social que je me suis accordé : Facebook®.

Comme tous les autres cons qui essayent de chercher sans trouver dans le vide des autoroutes virtuelles. J’écris mon mail.
Dans un monde surpeuplé, tout le monde finit par parler tout seul. J’écris mon mot de passe.
Tout le monde veut laisser une trace. J’ai une bonne nouvelle pour ceux là : il suffit de porter des culottes si on veut avoir ses traces.

Moi, je vous le dit, si quelqu’un me Poke, je lui casse la gueule.
Si une illustre inconnue du nom de Sanae Tazi ou living Dead girl – comédienne ratée de son état – me demande de Liker sa photo merdeuse pour un concours de losers je la supprime. Si quelqu’un écrit sur mon Wall, je pisse sur le sien.

J’essaie d’esquiver la bave, la morve et les épanchements de gens médiocres qui ajoutent leur voix à la cacophonie ambiante des autres zombies. Mais peine perdue : un stagiaire me parle pour gagner ma confiance en me révélant qu’un gros tas de gras aux cheveux graisseux qui fait du kilométrage pour une benne télévisuelle m’a calomnié en déversant son venir sur moi entre deux kilomètres de tournages.

Encore une fois : « Kiss My Ass ! »

Là encore, je réalise que les routes sont malfamées…
Les chaussées n’existent pas…
Mes 5 minutes au paradis virtuel s’arrêtent au moment où je cours vers la salle de bain pour vomir…
Vomir…
Vomir…
Vomir…
Vomir…
Vomir…

Ah, j’ai oublié !
Le titre de cette chronique est : « Ne pas sortir à casa ! »
Sans enregistrer le document, j’ éteins mon MAC™.