C’est eux les chiens…

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“nous aboyons avec des armes dans la gueule,
des armes blanches et noires comme des mots noirs et blancs,
noires comme la terreur que vous assumerez,
blancs comme la virginité que nous assumons,
nous sommes des chiens et les chiens, quand ils sentent la compagnie,
ils se dérangent, ils se décolliérisent et posent leur os comme on pose
sa cigarette quand on a quelque chose d´urgent à faire.”
Léo Ferré

C’est eux les chiens… Une sensation de devoir graver le temps sur du bois qui brûle pour capturer la course d’un revenant qui essaie de regagner sa place dans un
monde à la fois familier et totalement différent. Le retour de “404” se déroule durant ce moment d’exaltation et de désillusion qu’est le Printemps arabe. A ces révoltes,
se superposent les émeutes du pain de 1981. Le temps se disperse et les étincelles se mélangent. Parfois recevoir un coup de matraque ou une lueur d’espoir dans la
gueule peut être la même chose, un peu comme des taches de rousseur sur une gueule de bois… post révolution : 404 est revenu pour y assister comme témoin impuissant,
obsédé par la recherche de sa famille…

C’est eux les chiens… Cavalcade effrénée à travers le temps perdu à jamais et l’espace qui s’échappe pour toujours. C’est le récit d’un cercle vicieux, d’une course
contre le néant… Une course contre le silence qui rattrape un souvenir, un souvenir qui se perd pas à pas. Churchill disait qu’“un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre”. Le temps prend de l’espace à travers un voyage sans fin, une quête homérique qui suit les traces laissées par ces autres après la disparition d’un nouveau / ancien monde dans un silence cacophonique.

C’est eux les chiens… 404, l’erreur inhumaine d’un système déviant, le personnage principal d’une ode à la mémoire. Il trimballe avec lui un essaim de questions qui vont à la fois ouvrir le récit et poser ses bases dramatiques. C’est l’histoire d’un homme qui a subi une amputation, une ablation… Une ablation de sa propre vie mais qui, malgré tout, continue à avoir des sensations dans son membre coupé, son membre fantôme.  Fantôme d’un passé mille fois oublié… Les sensations de mort lui collent à la vie.

C’est eux les chiens… Un désir de film comme un sentiment d’urgence, mêlé aux souvenirs d’autres qui me hantent… A travers un mélange étrange de volonté de filmer
la rue en ébullition, au moment du Printemps arabe, et un désir de recréer un Ulysse moderne qui revient à la vie pour reconquérir sa femme, ses enfants et sa vie. Il ne
revient pas de Troie, ni de Corcyre mais d’un sombre et tortueux passé qui lui échappe en permanence. Loin du roman d’apprentissage, ce n’est pas un voyage initiatique.
C’est le parcours d’un homme d’une autre solitude, d’un autre pays, d’un homme qui s’invente des chemins de traverse pour regagner les rivages de la vie, de sa vie et
retrouver les êtres précieux qui la peuplent.

C’est eux les chiens… Ce n’est ni une accusation, ni une condamnation. C’est un simple constat…

Et je reviendrai une fois encore à Léo Ferré :
“Au paradis des pauvres chiens, les hommes portent des muselières…”

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Réalisé par Hicham Lasri

Avec Hassan Ben Badida , Yahya El Fouandi , Lmad Fijjaj …

Date de sortie : 19 Février