Bunraku, la critique

Super ambitieux et visuellement novateur. Bunraku de Guy Moshe s’inscrit dans un nouveau genre de films du XXIe siècle. Diffusé l’année dernière au Festival International du Film de Toronto, Bunraku est un savoureux mélange de polar noir à la Sin City, de culture jeux vidéo et comics à la sauce Scott Pilgrim et d’action en couleurs et stylisée à la Kill Bill !

La trame prend place dans un futur lointain. Le monde est passé par une apocalypse nucléaire. Et pour prévenir une seconde apocalypse, les survivants  décident de bannir à jamais les armes à feux, revenant donc aux traditionnels moyens de combats : les poings et l’épée, instaurant ainsi l’inévitable loi du plus fort. Une ville est sous le joug total du Bucheron, Nikola, joué par un Ron Perlman aux dreadlocks et son gang d’assassins parmi lesquels  son fidèle bras droit, Kevin McKidd, détruisant tout gang qui oserait le défier.

Josh Hartnett et Woody Harrelson

On enchaine avec deux étrangers dans le train. Josh Hartnett  (qui a vraiment décidé de ne  jouer que des rôles de film noir) est un cowboy mystérieux sans nom et sans pistolet, armé de poings de fer vifs comme l’éclair, obnubilé par une quête de vengeance. Alors que la super pop star japonaise, Gackt, est un samouraï sans épée appelé Yoshi dans une quête pour retrouver l’ancien médaillon, légué par son père, et passé de génération en générations dans sa famille. Aidés par un barman énigmatique et malicieux, joué par Woody Harrelson, les deux joindront leurs forces dans un même but, qui est de faire tomber Nikola.

Gackt

Parmi la multitude d’influence, on retrouve directement l’influence de Seijun Suzuki. En plus du nom emprunté à l’ancienne forme de théâtre japonais de marionnettes, Moshe s’inspire beaucoup du surréalisme avant-gardiste et coloré du réalisateur Japonais. Théâtral à son extrême, Bunraku est un définitivement un des films les plus intense artistiquement de ces dernières années. Aucune tentative n’est faite pour dissimuler le coté artificiel des sets, au contraire, Moshe fait tout pour ajouter des couleurs et nous surprendre dans les changements de proportions afin d’ obtenir des visuels incroyables et créer un monde alternatif réellement différent. On sent également l’influence des Wachowski dans la forme d’appropriation des cultures et philosophies tout droit sortis de la culture  pop/geek  et par le flux continuel des séquences d’action et d’arts martiaux.  chaque image est pourvue d’un détail magique ou spécial à remarquer.

Bien sûr, coté faiblesses, Bunraku manque d’originalité dans son scenario. Les deux intrigues entrelacées sont deux classiques dont on ne se lasse jamais. Le silencieux cowboy ténébreux et le digne samouraï en quête de revanche qui finissent chacun par une lutte finale contre l’antagoniste. Ce genre d’histoires a été maintes et mainte fois utilisé. Mais le fait de combiner ces deux genres similaires dans une seule narration contribuent a l’originalité du film. Deux intrigues signifient aussi que le film prend une longueur que certains spectateurs impatients ne peuvent peut-être pas apprécier. Mais se plaindre d’une seule minute de ce festin visuel serait impossible.

Le réalisateur aurait très bien pu se reposer sur ses lauriers et laisser les effets visuels et les impressionnants décors faire le travail pour lui, mais il n’en est rien. Le film est d’un dynamisme incroyable. Les plans de cameras changent et se transforment autour des personnages, enrichis par des transitions époustouflantes de lumières et de couleurs. Au lieu des traditionnel transitions de scène en scène comme n’importe quel film, la camera sort de la scène et va bien au-delà des gratte-ciels et replonge dans la cité pour traverser tel un bolide la ville survoltée et extravagante pour arriver à la prochaine scène. On a l’impression que le film entier est un long et complexe tournage d’un énorme plateau dans un monde où les décors en papier sont constamment en mutation. Il faut le voir pour le croire.

Ron Perlman et Demi Moore

Concernant les acteurs, les performances sont au rendez-vous. Harnett est à l’aise dans son rôle de cowboy mystérieux, as de la baston. Gackt, la super star de la pop au Japon, assure niveau arts martiaux. Woody Harrelson, dans son rôle de barman, fait toujours preuve d’un charisme et d’une malice propre à son talent. Ron Perlman est énorme et intimidant, prouvant qu’il était le choix idéal pour le Bucheron. Pour finir, mon personnage coup de cœur, le bras droit du Bucheron, le tueur N°2, est joué par un Kevin McKidd magistral. L’acteur écossais joue le rôle d’un effroyable assassin qui fait figure d’un audacieux croisement entre Fred Astaire et un génial escrimeur.

Alex McKidd

Devriez-vous voir ce film? Absolument! Original, une atmosphère passionnante, de l’action à vous en couper le souffle, un casting excellent, un visuel unique et stupéfiant. Ne ratez surtout pas ce futur chef-d’œuvre culte!  Sortie au Cinéma U.S. : 30 septembre 2011.

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Note : 4/5.