Back to basics : 12 hommes en colère

Retour sur l’art cinématographique d’un autre temps. « 12 hommes en colère » (12 angry men), film sorti en 1957, considéré comme un des chef-d’œuvres majeurs de l’histoire du cinéma, et par plusieurs spécialistes, comme le meilleur film à thématique juridique jamais produit.

 

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On ne saurait qualifier « 12 hommes en colère » de classique, juste parce qu’il a été produit depuis plus d’un demi-siècle maintenant, ou bien encore, parce que les couleurs n’ont pas enchanté ses images. Ce film recèle une construction logique et argumentaire inébranlable, qu’on voit très rarement dans des films du même genre, et encore moins chez les contemporains. Pourtant la matière sur laquelle se prête la discussion est loin d’être « philosophique » à prime abord. Si vous n’avez pas encore vu le film, en voici le synopsis.

L’histoire commence dans un tribunal. On franchit l’édifice imposant et majestueux, pour entrer dans une salle d’audience, avant de s’isoler dans une petite salle. Autour d’une table, douze hommes, membres d’un jury, ont le devoir de statuer sur la culpabilité d’un adolescent, soupçonné d’avoir tué son père. Coupable ou non coupable, le verdict doit être unanime. Ils redonneraient ainsi une chance au gamin, ou l’enverraient sur la chaise électrique. Telle est l’histoire, simple à décrire, complexe à résoudre. Et c’est dans cette salle que tout se déroule, sauf par moment quand quelques personnages vont se rafraichir le visage dans la salle de bain, où quelques discussions à la marge, non moins intéressantes, ont lieu.

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Il serait trop sévère de dire, que le manque de moyens est le prétexte des semi-artistes. Pourtant, « 12 hommes en colère » est justement là, preuve irréfutable. Presque rien, ou pas grand-chose !  Une salle, une table rectangulaire, 12 chaises, un ventilateur et quelques accessoires. Par moment un plan unique sur les lavabos des toilettes. C’est tout ce dont a eu besoin Sidney Lumet pour réaliser son film, et réserver sa loge parmi les grands. Mais douze hommes aussi, douze artistes au jeu à la limite de la perfection. Avec un Henry Fonda dans la maturité de ses cinquantaines, sage, calme et très posé, loin du fougueux personnage de Tom Joad des « raisins de la colère » en 1940, mais toujours dans la même excellence.

Henry Fonda

Sur le fond, le déroulement de la discussion et l’ardeur que chacun met à défendre son avis, à raison ou juste par opiniâtreté, peuvent donner l’impression d’être au banquet de Platon. Même si la conversation tourne autour de faits, elle laisse émerger des questions importantes. D’ailleurs, le point de départ de Henry Fonda, le seul membre du jury qui s’oppose au verdict de culpabilité des onze autres, est le doute. Il empêche donc l’unanimité exigée, et affirme et réaffirme ne pas être certain ni savoir si les preuves présentées, accablantes à première vue, sont suffisantes pour envoyer le jeune garçon vers la peine capitale. Son seul désir, c’est discuter, poser des questions, et pousser les autres membres du jury, confinés dans leur certitude confortable, à remettre en cause leur jugement, ainsi que pas mal d’idées reçues.

Vote 12 Angry men

Si aucun des protagonistes de « 12 hommes en colère » ne porte un nom – un détail impressionnant qu’on ne peut oublier, puisqu’on n’a même pas pris la peine de les présenter aux spectateurs, et à quoi bon ? – je m’aventurerai à dire que Henry Fonda dans ce film jouait Socrate.

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Pour ne pas trop laisser s’étaler ce texte, et risquer de livrer le film entier, je m’arrêterai là. La beauté et la profondeur, au début insoupçonnée, de ce film, en donnent une très riche matière d’analyse. Voici donc un titre à ajouter à votre collection « Films à voir et à revoir ».