ARTPOP : virée warholienne avec Lady Gaga

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Depuis la sortie de son premier disque, The Fame, Lady Gaga n’a jamais été vraiment absente de la scène médiatique. Tantôt pour sa musique, mais surtout pour l’extravagance du personnage qu’elle cultive, la superstar a mis a son service un plan marketing rôdé pour s’assurer qu’elle soit sur toutes les langues. Et c’est réussi. Mais au-delà de ce rôle moitié Marilyn Manson, moitié chanteuse pop blonde platine, il y a sa musique. C’est donc sans surprise que l’artiste revient sur les devants de la scène pour la sortie de son troisième disque, ARTPOP, succédant au très engagé Born This Way. Nous avons écouté cet album très attendu pour vous.

Pour cette fois, la Lady a troqué sa robe en viandes et autres extravagances contre une identité visuelle plus épurée. A la poubelle donc perruques et masques abracadabrants, cette nouveauté nous introduit à une nouvelle phrase de la carrière de la miss, sans doute plus sobre et moins tape-à-l’œil. L’occasion peut-être de nous concentrer plus sur sa musique que sur ses apparitions médiatiques à rendre fou plus d’un.

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A première écoute, nous avons bien du mal à mettre ARTPOP dans une case. Si Madonna a misé sur la pop comme arme de guerre depuis ses débuts, Gaga, elle, varie les plaisirs et refuse toute tentative d’étiquetage en s’illustrant dans plusieurs genres. C’est ainsi qu’on la voit jongler entre électro saturée et rock, en passant par des tons très R&B comme c’est le cas sur son duo avec R. Kelly. Choix ambitieux mais surtout risqué, parce qu’il peut mettre en avant une artiste touche-à-tout, il peut aussi démontrer d’un manque d’identité propre.

Lady Gaga signe certainement son disque le moins commercial avec ARTPOP. Ce dernier n’est en effet pas un album à singles, on a du mal à imaginer des images sur telle ou telle chanson, aucune piste ne se démarque du lot, mais d’un autre côté, c’est un travail qui s’apprécie dans son ensemble, dans sa richesse aussi. Et chaque morceau est une pierre contribuant à l’édification d’un album-concept célébrant l’art sous toutes ses formes.

Ce que l’on a tendance à retenir d’ARTPOP, c’est certainement la richesse des références. L’inspiration de Lady Gaga ne vient pas de nulle part, elle est dans le cinéma, la sculpture et la peinture. ARTPOP représente un hommage très subtil à l’histoire de l’art. Venus nous renvoie vers La Naissance de Venus de Sandro Botticelli, qu’elle incarne d’ailleurs dans son clip Applause, ARTPOP est une douce ballade qui nous rappelle étrangement l’univers de Kate Bush, sans passer à côté des références cinématographiques du premier clip tiré de l’album, certainement plus subtils (Pierrot le clown, personnage connu de la Commedia dell’Arte, Metropolis, film allemand de science-fiction datant de 1927, David Bowie, Andy Warhol…). Plagiat ? Non. Recherche plutôt, et Lady Gaga le revendique sans complexe. La chanteuse met dans un moule nouveau des productions artistiques et les fait découvrir à un public qui n’est pas forcément sensible à ces références, mais qui, par la force de la curiosité, usera de la musique de l’artiste comme pont vers d’autres disciplines, la peinture et le cinéma en l’occurrence.

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Mais loin de ces tableaux et de ces créations artistiques qui ont aidé à inspirer Gaga, ARTPOP est avant tout un disque égocentrique, essentiellement axé sur la superstar. Les titres se succèdent et nous narrent le rapport de l’artiste à la mode (Fashion !), véritable pilier de sa visibilité sur la scène internationale, sa conception de la sexualité (Sexx Dreams, Swine) et son obsession pour la célébrité qui ne date par d’aujourd’hui (Applause), il est inutile de rappeler que son premier disque s’appelle The Fame. Toutes ces pistes additionnées nous dressent le portrait d’une artiste multidisciplinaire, avant-gardiste et intelligente, mais au-delà du masque, on ressent une gêne, un côté sombre, une impression de trouble qui arrive, malgré tout, à se distinguer de titres enjoués en apparence. Mais musicalement, que vaut ARTPOP ?

Le troisième disque de Lady Gaga est très différent de ce qu’elle a fait auparavant. Plutôt disque expérimental qu’album surproduit, l’album recueille en lui de véritables pépites qui ne s’inscrivent pas dans le moule du tube commercial. On citera notamment Dope, balade piano-voix très lo-fi. Manicure retient aussi notre attention pour ses riffs saturés et l’énergie qu’il dégage.

Verdict. Lady Gaga signe un album courageux et authentique, malgré un manque de cohérence que l’on peut ressentir au fil de l’écoute du disque. On salue le défi de l’artiste d’aller vers des sonorités plus recherchées, moins formatées et s’aventurer sur les sentiers de l’expérimentation pure.