Ali Berrada, la photo comme exutoire

Ali Berrada, photographe passionné dont le talent et le dynamisme ont su lui approprier une forte popularité. Et comme quoi qu’on dise d’une photo, on ne dira jamais mieux que ce qu’elle peut dire elle même d’elle même, ce perpétuel observateur nous livre une approche sensible de la photographie, qui à travers son objectif devient criante de réalisme. Aujourd’hui Ali Berrada se révèle être un artiste complet dont les images dévoilent la profondeur d’âme de tout objet inerte ou personne qu’il prend pour cible.

Omaima Mrabat :  Parles nous un peu de ton parcours et de tes débuts dans la photo?

Ali Berrada : Comme un peu tout le monde j’ai commencé à jouer avec un appareil photo lorsque j’étais très jeune. Par contre le mien me servait plus à essayer des choses plutôt que prendre en photo des anniversaires, soirées…

Tout a changé lorsque je suis allé au Japon en 2009, tout d’abord parce que j’ai acheté mon premier reflex à un prix défiant toute concurrence et aussi parce que j’ai eu la chance de prendre en photo des paysages magnifiques.

Petit à petit j’ai appris, évolué, j’ai exposé la première fois en 2010 à Casablanca, ensuite à Lille en Avril 2011. Quelques photos ont été publiées dans des magazines français ou étrangers, Gettyimages a ensuite accepté mes photos pour les vendre sur internet.

O.M : Ton travail artistique est très varié, où puises-tu cette inspiration ?

A.B : De la vie en général, de ma vie, des événements qui m’ont marqué, de certaines situations que j’ai vécu, d’une chanson qui m’a bercé ou d’un plan de film que j’ai apprécié. Les émotions sont incontestablement ma plus grande source d’inspiration.

O.M :  Quelle part occupe la photographie dans ta vie, voudrais tu en faire ton métier ?

A.B : Au jour d’aujourd’hui, la photographie a pris une place très importante dans ma vie à tel point que ma vision des choses a changé. Je vois les scènes qui s’offrent à moi différemment : un passant, un enfant qui joue, un immeuble .Chaque situation peut donner vie à une photo.
Mon appareil est devenu la continuité de mon imagination, j’essaye donc de me faire plaisir dès que je peux.

Avant toute chose, pour moi la photographie est une passion, en faire un métier au Maroc est actuellement et malheureusement très compliqué. Pour l’instant j’aime ce que je fais, j’arrive à combiner un métier stable et une passion en même temps.

O.M : Justement, y’a-t-il des photographes célèbres dont tu admires particulièrement le travail ?

A.B : Au Maroc, il y a une personne que je respecte particulièrement dans ce domaine c’est Leila Ghandi. Elle a le courage, le talent et elle reste très humble, un exemple !

Sinon j’aime énormément la culture new yorkaise surtout celle des années 70 : Warhol, Avedon, le Velvet underground

O.M : Quel matériel utilises tu ?

A.B : J’ai un Canon 5D mark ii avec un 35mm, un 50mm, un 50-200mm, et un 17mm, quelques filtres, et un trépied. J’ai aussi une caméra Go pro hero HD

O.M : Sinon, tu as eu la chance de voyager partout dans le monde, parles nous un peu de cette expérience ?

A.B : Je suis encore très loin d’avoir fait le tour du monde mais effectivement j’ai eu la chance de découvrir quelques pays. J’ai l’impression de mieux visiter et plus apprécier les villes depuis que j’ai réellement commencé la photographie. Cette passion me pousse aussi à plus voyager, à m’aventurer dans des endroits que j’aurais certainement évité auparavant. C’est toujours magique d’arriver dans un nouvel endroit, rencontrer une nouvelle culture tout en ayant un appareil sur soi.

O.M : Ton souvenir le plus marquant relatif à tes nombreux voyages ?

A.B : Au Japon, je suis allé en bateau dans une île déserte à 300km de Tokyo. J’ai vécu une tempête, un séisme et un tsunami le même jour. J’étais dans une tente qui a été emportée par le vent. Je n’avais plus que mon appareil photo que je devais protéger contre la pluie et ma pauvre soeur qui voulait visiter le pays du soleil levant. Je n’oublierai jamais ce jour là !

O.M : Malheureusement la photographie marocaine reste toujours dans l’ombre, peut on vivre de ce métier au Maroc ?

A.B : Il y a des photographes qui arrivent à vivre, d’autres qui peinent à survivre mais ce n’est définitivement pas un métier qui rapporte au Maroc à moins de se déplacer énormément, diversifier son activité (réalisation, reportage…)

O.M : Et puis récemment tu as réalisé des petites vidéos sur ton « Moroccan trip » Quelle région ou ville marocaine t’as le plus marquée et pourquoi ?

A.B : Deux régions me viennent à l’esprit, celle de la côte sud : Imsouane, Taghazoute, Mirleft pour la beauté de ses plages, l’accueil des habitants, et la région du sahara : Mhamid, Merzouga, il faut y aller pour comprendre, les mots ne sont pas suffisants.

O.M : Sinon, on ressent dernièrement l’engouement des jeunes envers la photographie, quels conseils donnerais tu à un apprenti photographe ?

A.B : Effectivement, la photographie est à la mode aujourd’hui reste à savoir pour combien de temps ? En tout cas ceux qui se retrouvent vraiment dans cet art percevront d’eux mêmes, ils n’auront pas besoin de conseils. Je pense que quand on aime quelque chose on se donne à fond sans jamais s’arrêter…

O.M : Ton livre de chevet actuel ?

A.B : Precious Gems Of Wisdom (His Holiness Poojya Sri Sri Ravishankar) Vous êtes prêt à voir la vie différemment ?

O.M : Un film ?

A.B : Dernière claque cinématographique : ENTER THE VOID

O.M : Une chanson ?

A.B : Deadmau5 : Strobe

O.M : Dernier mot pour les lecteurs d’Artisthick ?

A.B : « Don’t try, DO » Bukowski