A Serbian film : Quand les serbes se déchaînent !

Il existe de ces films somme toute agréables à regarder, avec des pointes d’humour, d’émotion ou même de colère. Ils sont très nombreux, envahissent nos salles de cinémas, nos médiathèques et on les applaudit souvent à tout bout de champ pour leur parfaite similitude artistique et technique. Il en existe beaucoup et nous les aimons tous. Mais alors, futile serait de vous annoncer qu’il en sera question ici. Ce film n’est pas un film comme les autres, et n’est peut-être même pas un film. Il nous doit aussi de dresser un petit avertissement. Ce film n’est aucunement fait pour les esprits fragiles ou sensibles. Vous saurez le pourquoi, par la suite.

Je disais, qu’il s’agissait là, en réalité d’un film -si on vient à lui accoler cette appellation- dépassant toutes limites et transgressant toutes frontières nourries par notre subconscient et dictées par la société à laquelle nous appartenons. L’éthique morale, il ne la connait pas, la rejette avidement comme un détritus, une anomalie dont il est vraisemblablement très aisé de s’en débarrasser. Rien ne limite le film, tout y est osé, tout ou presque y est, abordant de manière non pas délicate un sujet bien plus que politique. Un sujet humanitaire dont est victime la Serbie par la suite de sa dislocation de la Yougoslavie. Ainsi que l’ignorance qui s’en est suivie.

Synopsis : « Milos, un acteur porno à la retraite, tente de survivre avec sa famille. Jusqu’au jour où une ancienne collègue lui présente Vukmir, figure influente de l’industrie pornographique, qui va lui faire une offre qu’il ne pourra refuser… »

La première partie est à vrai dire relativement calme. Découverte toute normale des personnages, si ce n’est à quelques rares exceptions où le réalisateur s’en va flirter avec quelques lignes rouges pour ensuite revenir assidument continuer son bonhomme de chemin. On y découvre les tumultueuses relations liant les personnages, le père et le fils, le mari et la femme et ainsi de suite. Tout va pour le mieux, malgré le fait qu’un vaillant producteur de films pornographiques joue les rabat-joies et vient intriguer avec son offre, la quiétude de la petite famille. Le père de famille accepte le boulot, sa dernière besogne dans le milieu. Bref, rien de surprenant, rien de choquant, rien d’intéressant.

Cela est jusqu’à la scène clé où est administré à l’acteur une dose aphrodisiaque de médicaments qui le pousse à commettre, ce que nous ne voulons pas voir mais que nous attendons pourtant. Le dépucelage en bonne et due forme de ces limites et l’éveil du monstre sexuel du personnage. Une violence qui montera crescendo et majestueusement, des scènes que l’on n’aurait jamais imaginées. Le tout s’enchaine durant un flash-back après que l’acteur ait découvert à son réveil le carnage provoqué.

Ignoble peut-être. Cruel, un peu trop oui. Mais tout simplement impensable, et à cela, on ne peut qu’applaudir. S’aventurant dans les extrêmes, comme chaque bon film d’horreur saurait faire, A Serbian Film est un film qui relève d’un tout autre niveau, et pas des moindres. Il affirme ainsi que la production underground n’est pas comme on pourrait bien le penser, au dessous de quelque chose mais bien au contraire, au dessus de toute chose, de toute comparaison, de tout Saw ou piètre performance commerciale et appétissante pour un jeune public consumériste et friand d’émotions.  Incomparable oui, mais il les dépasse d’une certaine façon et point final.

Que dire des acteurs ? Ils sont à la fois réalistes, et Ils pourraient même laisser y croire quelques instants, qu’il s’agit là non pas d’un film, mais d’une vidéo d’un détraqué ayant comploté et monté l’affaire de toutes pièces.  Chaque nouvelle scène s’avère encore plus pénible et somptueuse que sa précédente, plus le temps passe, plus les minutes défilent dans la deuxième partie et plus on se dit, que les limites… on les a fichtrement bien démontées.

En bref, A Serbian Film est une extravagante immersion dans le bout de notre âme, le for intérieur de notre personne, de notre corps qui est ô combien indésirable pour certains.

A Serbian Film n’est pas du moins normal, et lui dresser une assemblée de lignes triées au volet et normales, serait tout simplement indigne, de lui et de moi aussi peut-être, voilà. Je vous épargnerai le spoiler en règle des scènes, et vous laisserait découvrir ce joyau du cinéma.

En attendant, il est temps de passer au fond du message. Car au-delà du moyen déployé, ô combien respectable et ingénieux, il y est une thématique, bien plus que politique comme j’ai pu le dire un peu plus en haut. Le réalisateur s’est servi ainsi de toute cette violence, cette insigne décadence on ne peut plus magistrale et taciturne, pour développer un tout autre sujet. Celui de l’éclatement de son pays, la Serbie. La perdition ethnique et morale auquel le pays a eu affaire. Victime d’une injustice, d’une ignorance au plus haut degré, le pays avait souffert en quelques sortes de ce mal allégoriquement présenté en le film. Les guerres civiles, les trahisons, les chocs émotionnels, l’anesthésiante horreur ainsi que la ténébreuse condition dans lesquels un pays, d’un jour à l’autre a pu plonger. Une frustration que le réalisateur a su maitriser, et une maitrise  à applaudir encore une fois, chaleureusement, sans remords, sans rancune.

 Bande annonce : 

http://www.dailymotion.com/video/xe2yth