2011, le Maroc censure un Roman : Le Dernier combat du Capitain Ni’mat.

  • Livre 
  • jeudi 3 novembre 2011 à 19:22 GMT

Nous tenions tout d’abord, à applaudir le Magazine Hebdomadaire Actuel qui grâce à son précédent dossier, a permis de lever le voile sur l’injustice qui s’opère dans notre paysage culturel. Il est question de la censure d’un roman, justifiée par aucune loi ou autre prétexte. Un interdit qui nous fait étrangement penser à une époque certes révolue, mais dont l’ombre continue à planer paisiblement au dessus de nos têtes. Vous aurez du le deviner, il s’agit là de revenir sur la censure, dont a été victime le livre du défunt Mohamed Leftah, «  Dernier combat du Capitain Ni’mat ».

Malheur serait de constater, qu’à notre époque actuelle la censure sévit toujours, et pour aucune raison précise. Ne s’agissant à aucun moment d’une attaque envers une personne, ou d’un essai remettant en cause les principes et les fondements d’une quelconque institution de chez nous, «  Dernier combat du Capitain Ni’mat » se veut être l’histoire d’un aviateur cairote à la retraite. Un vétéran de l’armée de l’air, qui ne découvre que jusqu’à ses derniers jours, un recoin de son intimité et de sa sexualité. Il découvre son homosexualité. L’auteur va jusqu’à relater avec précision et tact, les nouvelles sensations du Capitaine Ni’imat, ainsi que ses mésaventures face à l’effarante réaction de son entourage, à commencer par sa femme.

C’est là, que s’arrête tout ce que nous savons de ce récit, en plus bien entendu des quelques pages publiées par le magazine Actuel. Aux yeux des quelques  fortunés lecteurs, que nous avons pris la peine de contacter, ce roman n’est pour le moins pas plus osé que ses précédents. Ou encore un récit à la plume intimiste de Leftah qui a déjà connu bien plus profond et fort. Et là est à se demander, la raison exacte de cette censure, qui ne se manifeste toujours pas officiellement. Le livre en effet, revient sur un thème qui reste pour le moins tabous de ce côté de la Méditerranée, celui de l’Homosexualité. Un thème traité à diverses reprises, par la plume même de Leftah ou encore, par Abdellah Taia plus souvent.

«  Dernier combat du Capitain Ni’mat », a été récompensé du prix littéraire de la Mamounia. Un prix marocain, décerné par un jury de diverses nationalités, et déjà reconnu de par les éditeurs. Puis grande alors, a été l’indignation du jury, lorsqu’il leur a été annoncé que le livre de Leftah, n’étaient tout simplement pas disponible au Maroc, pis qu’il était impossible d’en commander. Un paradoxe et une absurdité où la flagrante sottise d’un système culturel -qui censure à tout va et pour aucune raison précise- se dévoile au grand jour, et ne laisse place qu’à une toute simple consternation.

De mieux en mieux encore, les journalistes d’Achourouk, chargés de l’enquête ont récemment eu au téléphone le ministre lui-même, chargé du ministère ayant pour responsabilité d’accorder les agrégations, et qui n’est autre que celui de la communication. Réponse ? «  Je m’occupe de grandes affaires de la nation et pas des futilités. » Tout juste avant de raccrocher au nez.

De cette réaction, il est évident de constater que le Maroc est bien au dessus de toutes ces petites futilités, communément appelées Culture et Travail de mémoire. Que le Maroc, fort de son aimable culture et richesse, fait tout simplement parti de ces peuples si cultivés, qu’il ne leur est alors plus besoin, de rappeler en leur propre terre les ouvrages de leurs grands écrivains nationaux.

Parce que, oui ! Leftah était un grand écrivain. Découvert vers la fin de sa vie, il n’arrivait toujours pas à croire que ses écrits suscitaient autant d’admirations et de lecteurs. Il s’en est alors allé, le sourire au livre, fier d’avoir pu ressortir de ces vieux tiroirs, tous ses anciens manuscrits et tous ses histoires et récits écrits tout au long de sa vie. Le prix de la Mamounia est venu ainsi couronner son hommage, qui plus tard a été souillée par la non levée, de cette anomalie de notre système : La Censure.

Artisthick reviendra dans les prochains jours sur la vie de Mohamed Leftah à travers un portrait, et chroniquera pour vous quelques ouvrages de Mohamed Leftah.