1984, une dystopie de George Orwell.

  • Livre 
  • vendredi 8 juillet 2011 à 13:48 GMT

« De sa naissance à sa mort, un membre du Parti vit sous l’oeil de la Police de la Pensée. Même quand il est seul, il ne peut jamais être certain d’être réellement seul. Où qu’il se trouve, endormi ou éveillé, au travail ou au repos, au bain ou au lit, il peut être inspecté sans avertissement et sans savoir qu’on l’inspecte. Rien de ce qu’il fait n’est indifférent. Ses amitiés, ses distractions, son attitude vis-à-vis de sa femme et de ses enfants, l’expression de son visage quand il est seul, les mots qu’il marmonne dans son sommeil, même les mouvements caractéristiques de son corps, tout est jalousement examiné de près. Non seulement tout réel méfait, mais toute excentricité, quelque bénigne qu’elle soit, tout changement d’habitude, toute particularité nerveuse qui pourrait être le symptôme d’une lutte intérieure, sont détectés à coup sûr. Il n’a, dans aucune direction, la liberté de choisir. »

version originale de l’extrait pour les anglophones ici.

 

1984 nous plonge dans le futur qu’imaginait George Orwell en 1948. L’humanité lui a prouvé tort – pour l’instant. Cela ne signifie pas que les horreurs qu’il y décrit ne sont pas à même de devenir réalités. Winston Smith a 39 ans et travaille au « Records Departments« , RECDEP en langage newspeak, langue officielle de l’état/pays totalitaire qu’est Oceania. Winston Smith se lève tous les jours au son du telescreen (yeux et oreilles de Big Brother, entité omniprésente dans sa vie comme dans celle de ses comrades), fait sa gym, boit une gorgée de Victory Gin et se rend au travail, qui consiste principalement à falsifier le passé en modifiant d’anciens articles du Times qui contredisent la version des faits actuelle qu’adopte le Party. Puis il rentre chez lui. Winston n’a pas le droit de trahir le moindre signe de mélancolie, de révolte, de fatigue, de réflexion. « Ignorance is strength ». Et pourtant, Winston réfléchit. Contrairement aux autres, il n’accepte pas que l’on puisse altérer le passé du jour au lendemain et prétendre que « cela a toujours été ainsi ». Il n’accepte pas que l’on puisse contrôler aussi impunément les mémoires et les esprits – et encore moins que l’on puisse pousser les hommes à se séparer de tout ce qui fait leur humanité, faire du mariage un devoir envers la nation et interdire tout débordement émotionnel ou physique envers qui que ce soit d’autre. Winston s’insurge, et emprunte le chemin, par trop risqué, de l’hérésie, dans l’espoir de retrouver la liberté (concept inexistant à Oceania, autant dans les dictionnaires que dans la mémoire collective).

Tout dans ce roman anime l’imagination, et plus encore, la réflexion. On se projette sans difficulté dans le monde d’Oceania, où l’on fait face à des dirigeants avides de pouvoir et avides d’absolu. Ces mêmes dirigeants contrôlent autant les corps que les esprits. Ils dictent quoi dire et quoi penser, qui haïr et qui idolâtrer, sans que personne ne semble s’en rendre compte. Et quand bien même quelqu’un retrouverait ses esprits, l’un des quatre ministères (aux noms oh combien ironiques), s’en occupe. Un monde de répression, où l’égalité, la liberté et la paix sont des concepts révolus, et où tout pouvoir est entre les mains du Big Brother, visage symbolique de l’Ingsoc. C’est dans ce contexte qu’on assiste à la lutte de l’espoir, de l’intelligence et de la logique, la lutte de Winston contre tous, puisque c’est à travers lui que l’on garde contact avec la réalité tout au long du livre. C’est à travers lui que l’on ressent et que l’on réfléchit, et c’est à travers lui que l’on peut réellement comprendre l’importance que peut donner le gouvernement à un peuple de plus en plus bête, à un peuple, à vrai dire, qu’il se charge lui même d’abrutir de plus en plus. L’ignorance ne fait pas la force. L’ignorance permet juste parfois de vivre tranquille. Or, la tranquillité n’est rien devant la vérité, et c’est ce que ce roman s’efforce de pointer du doigt, car après tout, technologies futuristes mises à part, notre société n’est pas si différente que celle décrite dans le livre. Nous ne sommes que de vulgaires pions sur un échiquier dont on ne voit pas ni les bords ni l’étendue.

1984 ne date pas d’hier, mais c’est un classique de la littérature anglaise que tout un chacun se doit de lire.