10 choses que vous ignorez à propos d’Omar Sharif

  • Médias 
  • lundi 20 juillet 2015 à 21:22 GMT

omar-sharif-415328395

Cela fait plus d’une semaine que la légende du cinéma a disparu et que les hommages se multiplient. Celui qui a tant fasciné par son charisme a finalement rendu l’âme à l’âge de 83 ans le 10 juillet dernier suite à une crise cardiaque. Après la mort de Christopher Lee en juin, c’est un autre monstre sacré que le monde du cinéma perd irrévocablement. En Russie, on se rappellera de celui qui immortalisa Youri Jivago, héros romantique de l’oeuvre de Pasternak. En Orient, de Wadi Rum au Hedjaz, on se rappellera le Shérif Ali Ibn el Kharish qui accompagna Lawrence d’Arabie dans ses périples. Dans les lointaines steppes d’Asie centrale rugissent encore les troupes nomades de Genghis Khan que l’acteur égyptien incarna brillamment. En Amérique latine, on se remémorera celui qui raviva la figure du leader marxiste Che Guevara. Il n’y a pas un rôle qu’Omar Sharif n’ait pas enfilé, il n’y a pas un pays auquel il n’ait rendu hommage. Son ombre plane sur les cinq continents et son oeuvre continue à influencer grandement le monde du septième art. Cependant, plusieurs aspects de la vie de l’homme ont contribué à bâtir le mythe du grand acteur, d’ «Omar Sharif le Magnifique», pour reprendre le titre juste et justifié de Paris Match. Dans ce billet nous vous ferons (re)découvrir ces aspects surprenants et parfois insolites du parcours riche et doré de la star mondiale.

1- Omar Sharif est en réalité Demitri Michel Chalhoub

L’acteur natif d’Alexandrie fait partie d’une grande famille bourgeoise de commerçants catholiques, les Chalhoub, originaire de la ville libanaise de Zahlé. Il est né Demitri Michel Chalhoub, fils de Joseph Chalhoub et de Claire Saada, et fut élevé dans le rite catholique-grec malékite. A sa sortie de la prestigieuse Royal Acadamy of Dramatic Art of London, il changera de nom, plus tard vers l’âge de 22/23 ans, suite à sa rencontre avec le célèbre réalisateur égyptien Youssef Chahine qui le fit découvrir au grand public. Il adopte alors pour nom de scène Omar Sharif. Pour d’autres, ce changement de nom est dû à sa rencontre avec l’actrice Faten Hamama.

2- Le premier arabe à avoir percé à Hollywood

1047_8228ba6efa639264855ad93cd017a43a

Omar Sharif et Peter O’Toole à gauche (Lawrence d’Arabie, 1962)

Omar Sharif est assurément l’un des rares acteurs arabes de renommée mondiale à avoir conquis l’industrie hollywoodienne, il sera le premier à percer dans cette voie royale, peut-être même le seul! Sa carrière internationale, Omar Sharif la doit à un réalisateur en particulier: David Lean. C’est à lui qu’il doit ses rôles phares dans le diptyque Lawrence d’Arabie puis après dans Docteur Jivago (Doctor Zhivago). Par ailleurs, Omar se liera d’amitié avec Peter O’Toole avec qui il aura l’occasion de tourner plusieurs fois et notamment La nuit des généraux d’Anatole Litvak. Sharif décrochera de grands rôles avec d’autres grands réalisateurs tels que Terence Young. Très prolifique, Omar Sharif tourne dans presque au moins un film tous les ans de 1952 à 2008 en allant jusqu’à être à l’affiche de 5 films à la fois en un an comme il en fut durant les années 60, celles où l’acteur fut plus que jamais sous la lumière des projecteurs!

3- «Faten vaut bien une messe»… une histoire d’amour pas comme les autres

faten-hamama

Omar Sharif et son épouse Faten Hamama

Faten Hamama et Omar Sharif, c’est Le couple mythique du cinéma. Leur histoire d’amour, parmi les plus belles, a enflammé les médias de l’époque.  Les deux géants du septième art décident de vivre leur passion après avoir été réunis lors du tournage de Ciel d’enfer en 1953. Pour cela, ils sont prêts à tout plaquer. La belle Faten Hamama, déjà mariée, divorce alors, et Omar Sharif se convertit à l’Islam pour se plier aux codes religieux de sa dulcinée. Les deux stars enchaînent alors les rôles ensemble et font rêver le public égyptien jusqu’au jour où Omar signe un contrat doré de 7 ans avec la Mecque du cinéma. Hollywood, ce monde nouveau et étranger, plein de tentations, pousse Omar à demander le divorce ayant peur de tromper sa femme. Après leur séparation en 1974, Omar n’a d’autre espoir que de voir Faten reconstruire sa vie auprès d’un autre homme digne d’elle. Malgré leur amour et la relation qui les liera encore et toujours jusqu’à la disparition de Faten le 17 janvier 2015, Omar ne saura épouser une autre qu’elle et confiera plus tard: “Je n’ai jamais aimé une autre femme”…

4- Un visage passe-partout

Mayerling_max1024x768

Omar Sharif dans le rôle de l’Archiduc Rodolphe d’Autriche et Catherine Deneuve dans le rôle de sa maîtresse Marie Vetsera (Mayerling, 1968)

Avec sa petite moustache taillée, son regard sombre et ses yeux bruns pétillants, Omar Sharif dispose, en plus de son incroyable jeu d’acteur, d’un faciès qui colle à n’importe quel personnage. Ainsi l’égyptien a décroché les rôles les plus prestigieux, on citera non sans nostalgie Genghis Khan, Saint Pierre, Che Guevara, Nicolas II de Russie, le Capitaine Némo, Youri Jivago bien évidemment et beaucoup d’autres. Doué et charismatique, il est le seul à pouvoir incarner sans peine un cosaque, un tsar, un duc, un médecin en Sibérie, un bédouin, un prince, un gueux, un bandit du farwest, un militaire nazi, un sorcier ou encore un agent secret. Omar Sharif est un acteur passe-partout qui a laissé son empreinte dans tous les genres du cinéma.

5- Un As du bridge

Nl-HaNA_2.24.01.05_920-9139_Omar_Sharif_bridge

Omar Sharif lors d’un tournoi de bridge aux Pays-Bas en 1967

C’est une des autres facettes de la légende, Omar le bridgeur. Omar Sharif figure parmi les meilleurs joueurs de bridge du monde. En plus de sa passion pour les courses hippiques, il cultive un amour fou pour ce jeu de cartes anglais dans lequel il enchaîne les tournois. En 1971, il devient vice-champion de France, puis toujours avec l’équipe de France, vice-champion d’Europe seniors en 1999 à Malte. Il a écrit un bouquin sur le bridge « Ma vie au bridge » et donne son nom à plusieurs jeux vidéos. Il dédie, selon ses dires, beaucoup plus  d’attention à ses trophées de bridge, ses schelems à lui, qu’à ses récompenses de cinéma qu’il égare souvent. Dans une interview de Philippe Bouvard en 1982 il confie qu’il « joue plus aux cartes qu’à la comédie ». Omar Sharif considère par ailleurs le bridge comme le jeu le plus intelligent qui soit, bien plus encore que les échecs, car offrant à l’inverse du jeu au damier des combinaisons illimitées grâce à la diversité du facteur humain.

6- Un nomade mais un infatigable amant de l’Egypte

Omar Sharif

Omar Sharif admirant les rivages du Nil depuis une terrasse au Caire

Bien qu’étant originaire du Liban, Omar Sharif voue à l’Egypte, à son bercail, un amour doux et protecteur. Malgré cela, Omar n’a pas vraiment de domicile fixe. Souvent endetté à cause du jeu (il perd une fois plus de 700 000 livres en une nuit et est contraint de vendre son appart à Paris), il jalonne grands hôtels et palaces, sans devoir payer parfois car invité par les propriétaires. Il profite de son image de marque. Tout comme le Chérif Ali qui l’a fait connaître, il se considère comme un nomade et déclare à juste titre que tout ce à quoi il tient peut être contenu dans sa valise. De plus en plus solitaire depuis sa séparation de Faten Hamama, la vie est finalement pour lui comme une partie de bridge qui se joue en solitaire, où rien n’est acquis et où l’on peut tout perdre, ainsi vaut-il peut-être mieux ne pas trop s’attacher aux choses. Néanmoins, celui qui a connu les transformations de l’Egypte depuis Nasser, l’émancipation de la femme avec le mouvement MLF, les années discos et coque, des Beatles et Rolling Stones, celui qui salua le peuple égyptien dans sa lutte pour la démocratie à la chute de Moubarak, est toujours ravi de retrouver son pays qu’il chérie tant et qui est pour lui une sorte de boîte à musique de son enfance.

7- Son diastème, une arme de séduction

2048x1536-fit_no-merchandising-editorial-use-only-no-book-cover-usage-mandatory-credit-photo-by-moviestore

Omar Sharif et son sourire au diastème (L’or de MacKenna, 1969)

Honteuse difformité pour certains, charmante marque pour d’autres, Omar Sharif, lui, a su faire de son diastème tout le secret de son sourire séducteur. Cet écartement léger et congénital des deux incisives est plutôt perçu comme un signe de beauté. On surnomme d’ailleurs cet espace « les dents du bonheur » ou « les dents de la chance », de la chance il a dû lui en apporter lors de ses parties de bridge. L’acteur a néanmoins vite acquit une réputation de tombeur, de play-boy même. Et l’on soupçonne le diastème d’y être pour quelque chose. Reconnaissable entre mille, cette denture a contribué à rendre mémorable le visage rayonnant de l’acteur sex-symbol en plus de la sincérité de ses yeux pénétrants, de ses sourcils charbonneux, de sa voie mielleuse et de son tempérament méditerranéen.

8- Omar Sharif, le polyglotte et le savant

Omar-Sharif

Omar Sharif lors d’un festival du cinéma

Omar Sharif, brillant acteur, est doté d’une intelligence impressionnante. Polyglotte, il maîtrise parfaitement l’arabe, le français, l’anglais et parle plus ou moins couramment le grec, le turc et l’italien. Il débute vraisemblablement son apprentissage de la langue française au Collège britannique Victoria d’Alexandrie où il étudie parallèlement les mathématiques et la physique. Il acquiert un diplôme dans ces matières scientifiques à l’Université du Caire avant de s’envoler pour des études de cinéma et de dramaturgie à Londres. Vers la fin de sa vie, il sera touché malheureusement par la maladie de l’Alzheimer.

9- Omar Sharif a tourné dans un film marocain

rock-the-casbah-omar-sharif

Omar Sharif dans le film marocain Rock the Casbah (2013)

C’est dans le film Rock the Casbah de Leila Marrakchi, réalisatrice du sulfureux Marock, que la légende fera une apparition sympathique toujours dans sa figure patriarcale très appréciable, en l’occurrence celle de « Moulay Hassan ». A son arrivée à Tanger pour le tournage, « c’était incroyable », raconte Leïla Marrakchi. « C’était le seul grand acteur à mes yeux qui pouvait jouer ce rôle. Je n’imaginais personne d’autre à sa place. Pour moi, il incarne le patriarche. Il représente une époque qui est aujourd’hui révolue » (Propos recueillis par Le HuffPost Maroc). C’est par ce dernier film que l’acteur clôturera une carrière riche et sera contraint de quitter la scène à cause de son état de santé.

10- L’acteur hors-normes a bénéficié de funérailles très modestes

EGYPT-FILM-SHARIF-FUNERAL

Le cortège funéraire d’Omar Sharif à la sortie d’une mosquée au Caire. Son cercueil est soulevé par quelques acteurs égyptiens pour qui il fut un modèle à tous égards.

Malgré la présence de quelques figures du cinéma égyptien, les funérailles de la légende ont plutôt été discrètes ce 12 juillet 2015, aucune personnalité hollywoodienne n’y sera présente. Après une prière à la mosquée, les proches et admirateurs d’Omar Sharif se portent volontaires pour porter le cercueil humblement drapé de l’emblème égyptien et d’un brocart noir brodé de versets coraniques jusqu’au cimetière de la Mosquée Sayyeda Nafissa au Caire où il sera finalement inhumé. Se considérant comme agnostique, Omar Sharif a néanmoins toujours eu une sensibilité spirituelle, teintée de doutes certes, mais qui lui permettait de croire à sa manière sans faire de la religion un objet de passion ou de querelle avec autrui. Il retournera modestement comme il l’aurait assurément aimé à sa terre natale qui l’a vu naître, briller puis s’éteindre doucement.